Commerce extérieur – La Chine ouvre grand son marché : le Cameroun face au défi de la compétitivité
À compter du 1er mai 2026, Xi Jinping activera un régime de « zéro tarif » douanier sur la quasi-totalité des produits exportés vers la Chine par 53 pays africains partenaires diplomatiques, dont le Cameroun. Une décision à forte portée économique, susceptible de redessiner les flux commerciaux entre Yaoundé et Pékin.
Un tournant stratégique dans les échanges sino-africains
L’annonce marque une étape décisive dans la coopération économique entre la Chine et le continent africain. Jusqu’ici limité à 33 pays, le régime préférentiel s’étend désormais à l’ensemble des partenaires africains de Pékin, à l’exception de l’Eswatini, en raison de ses relations diplomatiques avec Taïwan.
Pour le Cameroun, cette mesure ouvre une fenêtre stratégique sur le vaste marché chinois, deuxième économie mondiale. Les filières cacao, bois, coton, café, sésame ou encore minerais pourraient bénéficier d’un avantage compétitif immédiat grâce à la suppression des droits de douane.
La Chine demeure déjà le premier partenaire commercial de l’Afrique et un acteur clé du financement des infrastructures. Routes, barrages, zones industrielles et plateformes portuaires ont été développés avec l’appui de Pékin, consolidant une relation économique structurante pour de nombreux pays africains.
Douala en première ligne
À Douala, capitale économique et principal hub portuaire du pays, la décision suscite un optimisme mesuré. Les opérateurs économiques y voient une opportunité d’accroître les volumes exportés, d’élargir les débouchés et d’améliorer la balance commerciale.
La suppression des barrières tarifaires pourrait mécaniquement renforcer la compétitivité des produits camerounais sur le marché chinois. Toutefois, les experts rappellent que l’accès préférentiel ne garantit pas, à lui seul, une percée commerciale significative.
L’impératif de la transformation locale
Cette ouverture du marché chinois intervient dans un contexte mondial marqué par la recomposition des alliances commerciales et le durcissement des échanges entre grandes puissances. Pékin cherche à consolider ses partenariats stratégiques avec l’Afrique, tout en diversifiant ses approvisionnements.
Pour le Cameroun, le défi est clair : transformer davantage localement. Exporter du cacao brut ou du bois non transformé limite la valeur ajoutée captée par l’économie nationale. La nouvelle donne impose un saut qualitatif en matière d’industrialisation, de normalisation et de certification aux standards chinois.
La concurrence sera également plus intense. Avec 53 pays africains désormais sur la même ligne de départ, la bataille se jouera sur la qualité, la régularité des volumes et la capacité logistique.
Vers un effet d’entraînement sur l’investissement ?
Au-delà des exportations, cette mesure pourrait stimuler les investissements directs chinois au Cameroun, notamment dans l’agro-industrie, la transformation du bois et les zones économiques spéciales. Une dynamique susceptible de générer emplois, transferts de technologies et montée en gamme industrielle.
Reste à savoir si les entreprises camerounaises sauront saisir cette opportunité historique. Le « zéro tarif » ouvre la porte. La compétitivité, elle, déterminera l’ampleur des retombées économiques pour le pays.
Afric-eco/Etienne MONTHE


