Transhumance transfrontalière : Douala pose les bases d’une nouvelle gouvernance pastorale
La capitale économique du Cameroun s’est érigée, jeudi 29 janvier 2026, en carrefour régional de réflexion sur l’avenir de la mobilité pastorale.
À l’initiative du ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), un atelier intersectoriel de deux jours a réuni experts techniques, partenaires au développement et décideurs publics venus du Cameroun, du Tchad et de la République centrafricaine (RCA), autour d’un objectif commun : poser les bases d’un cadre juridique harmonisé pour la transhumance transfrontalière.
Présidée par Mme Annie Claire Nloka Ngo Ongla, directrice des pâturages, de l’alimentation animale et des infrastructures d’élevage, représentante du ministre, l’ouverture des travaux a mis en lumière l’urgence d’une approche concertée face à une pratique ancestrale devenue, au fil des décennies, un enjeu économique, sécuritaire et social de premier ordre pour la sous-région.

« Le gouvernement camerounais est engagé dans la gestion de la transhumance en général, et de la transhumance frontalière en particulier. C’est la raison pour laquelle nous sommes réunis ici à Douala pour la validation du document stratégique de gestion de la transhumance transfrontalière entre le Cameroun, le Tchad et la Centrafrique », a souligné la responsable du MINEPIA.
Un impératif économique et social
Au-delà de la dimension pastorale, la rencontre de Douala s’inscrit dans une logique de sécurisation des chaînes de valeur de l’élevage, secteur contributeur significatif au produit intérieur brut agricole dans les trois pays concernés. Les déplacements saisonniers du bétail, motivés par la recherche d’eau et de pâturages, génèrent en effet d’importants flux commerciaux, mais exposent également les territoires à des conflits d’usage des terres entre éleveurs et agriculteurs.

« Au cours de ces déplacements du bétail, des conflits naissent entre éleveurs et agriculteurs parce que le bétail empiète dans les champs et parfois jusque dans les villages. Il faut donc trouver des solutions pour une transhumance apaisée », a rappelé Annie Claire Nloka Ngo Ongla, insistant sur la nécessité d’un encadrement institutionnel robuste et coordonné.

Cette problématique, commune au Tchad et à la RCA, appelle des réponses structurelles dépassant les frontières administratives. L’atelier de Douala ambitionne ainsi de doter la sous-région d’un document stratégique inédit, véritable boussole réglementaire pour la mobilité pastorale.
PARTTAC–FAO : vers une gouvernance transfrontalière régulée
Partenaire technique majeur de l’initiative, le Projet d’appui à la régulation de la transhumance transfrontalière en Afrique centrale (PARTTAC), soutenu par la FAO, joue un rôle de catalyseur. Pour son coordinateur, Abdou Jonathan, l’enjeu dépasse la simple circulation du bétail pour embrasser une vision intégrée du développement rural.
« Le projet s’appuie sur la régularisation de la transhumance transfrontalière au Tchad, au Cameroun et en République centrafricaine. Il s’agit de réfléchir à tous les mécanismes permettant d’aboutir à une gouvernance régulée, respectueuse de l’environnement, du genre et de l’engagement des jeunes et des femmes », a-t-il expliqué.
L’approche prônée met en avant l’harmonisation des cadres réglementaires, l’inclusion sociale et la reconnaissance des droits humains comme piliers d’une mobilité pastorale durable. À terme, chaque État procédera à l’enregistrement du document stratégique avant un dialogue de haut niveau régional, facilité par des partenaires spécialisés dans la médiation institutionnelle.
Infrastructures, sécurité et intégration régionale

Les débats ont également mis en exergue la question cruciale des infrastructures pastorales — points d’eau, couloirs de passage, marchés à bétail, postes vétérinaires considérées comme des investissements structurants pour la stabilité économique des zones rurales. Dans un contexte où la transhumance est parfois perçue comme un vecteur d’insécurité, l’encadrement des flux d’animaux devient un levier de prévention des tensions communautaires et de consolidation de l’intégration régionale.

« L’éleveur, lui, n’a pas de frontières. Nous, nous avons les frontières. Réfléchissons ensemble pour voir comment faciliter ses mouvements tout en définissant des règles claires », a insisté Abdou Jonathan, plaidant pour une coopération pragmatique entre États.
En filigrane, l’atelier de Douala consacre la montée en puissance d’une diplomatie pastorale en Afrique centrale, où l’élevage, longtemps cantonné à une économie de subsistance, s’impose désormais comme un vecteur stratégique de croissance inclusive. À travers le PARTTAC, les trois pays entendent définir et mettre en œuvre des mécanismes d’utilisation durable de l’espace et de gouvernance de la mobilité pastorale, dans le respect des droits humains et des équilibres environnementaux.
Une dynamique qui, si elle se consolide, pourrait transformer la transhumance d’un facteur de friction en un moteur d’intégration économique et de stabilité régionale.
Afric-eco/Etienne MONTHE


