ÉNERGIE ET INDUSTRIE : LE LANGAGE DE VÉRITÉ FACE AUX USINES DE DOUALA
Au-delà des promesses, l’industrie exige de la visibilité
Au siège du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) Jeudi 22 janvier 2026, le ton a été à la fois direct, critique et économiquement engagé. Face aux industriels, le Gaston Eloundou Essomba, Ministre de l’Eau et de l’Énergie, a livré ce qu’il a lui-même qualifié de langage de vérité sur l’état réel du secteur énergétique camerounais, pilier stratégique de la croissance industrielle.

Une industrie sous tension énergétique
Dans une capitale économique confrontée à des interruptions récurrentes d’électricité, les industriels ont exprimé, sans détour, leur exaspération. Célestin Tawamba, président du GECAM, a ouvert le débat avec une interrogation lourde de sens :

« Nous avons lourdement investi dans les barrages. Mais on a l’impression que plus on investit, moins il y a de l’électricité. Comment l’expliquer ? »
Une question qui résume le paradoxe énergétique camerounais : des investissements structurants, mais une production encore instable, pénalisant la compétitivité des entreprises.
Le choc des chiffres et la contrainte climatique
En réponse, le ministre a posé le diagnostic. La saison des pluies 2025, exceptionnellement courte, a entraîné un déficit hydrologique estimé à 3 milliards de mètres cubes d’eau, affectant directement les barrages-réservoirs, notamment Lom Pangar.
Illustration concrète : le matin même de la rencontre, Nachtigal ne produisait que 246 MW sur les 420 MW installés, faute de débit suffisant.

« Ces contingences sont exogènes. Elles impactent la qualité et la quantité de la production », a reconnu le ministre, tout en soulignant les mesures d’atténuation engagées, notamment le recours aux centrales thermiques à gaz.
Urgence financière et renationalisation d’ENEO
Au-delà de la météo, le cœur du problème reste structurel : le déséquilibre financier du secteur. Les chiffres avancés sont éloquents : 30 à 31 milliards FCFA de recettes mensuelles contre 44 milliards de charges, soit un déficit d’environ 13 milliards FCFA.
Pour y répondre, le gouvernement mise sur le compact énergétique, soutenu par la Banque mondiale et la BAD, et surtout sur la renationalisation de ENEO, présentée comme un levier décisif.
Objectif affiché : restaurer l’équilibrùe financier, sécuriser le paiement des producteurs (Nachtigal, centrale à gaz de Kribi), relancer l’investissement et fiabiliser durablement le réseau.

« Le premier médicament, c’est l’équilibre financier. Et la renationalisation nous donne la capacité d’agir », a insisté le ministre, évoquant la lutte contre la fraude – estimée à 60 milliards FCFA de pertes annuelles, et l’engagement de l’État à régler désormais ses propres factures d’électricité.
La voix des industriels : visibilité et qualité avant tout
Du côté du patronat, l’attente est claire : de la visibilité et de la qualité. Ibrahima Ousmanou, président de la commission industrie du GECAM, a rappelé que l’industrie peut s’adapter à un déficit, à condition qu’il soit prévisible.

« Le véritable souci, ce sont les interruptions non maîtrisées et la mauvaise qualité de l’énergie. Cela bloque l’investissement, augmente les charges imprévues et renchérit les coûts de production », a-t-il dénoncé.
Groupes électrogènes surtaxés, carburant coûteux, pannes d’équipements, double fiscalité : pour les industriels, la crise énergétique agit comme un impôt indirect sur la production, freinant l’expansion et l’emploi.
Entre promesses et vigilance économique
Cette rencontre stratégique au GECAM aura permis un dialogue franc, révélateur des tensions mais aussi des attentes. Si le gouvernement affiche une nouvelle gouvernance énergétique et des réformes ambitieuses, les industriels, eux, appellent à des résultats rapides et mesurables.

Car à Douala, capitale économique, l’électricité n’est pas seulement un service public : elle est un facteur de compétitivité, d’investissement et de croissance durable. Entre engagements politiques et réalités industrielles, le secteur énergétique reste plus que jamais sous surveillance.
Afric-eco/Etienne MONTHE


