CAMEROUN : L’ÉTAT REPART À LA RECHERCHE DE SES MILLIARDS DANS LES BANQUES
Quatre ans après avoir identifié près de 450 milliards de FCFA de dépôts publics dans les banques commerciales, le Cameroun relance le recensement de ses comptes hors du Compte unique du Trésor. Une opération qui pourrait redessiner la gestion de la liquidité publique.
Yaoundé remet ses comptes à plat. Le 29 septembre, le ministère des Finances a lancé une nouvelle opération de recensement des comptes des administrations publiques ouverts dans les établissements bancaires. Autour de Louis Paul Motaze, le Trésor, la BEAC, la COBAC, l’APECCAM, les banques et les organismes publics concernés sont réunis pour dresser une nouvelle photographie des ressources publiques logées hors du circuit central de trésorerie.
L’exercice intervient quatre ans après celui de 2022, qui avait fait apparaître environ 450 milliards de FCFA dans les établissements bancaires. Depuis, les encours ont évolué. Le gouvernement veut désormais connaître leur niveau réel, mais aussi identifier leurs titulaires, leur nature, leurs soldes et les éventuelles contraintes entourant leur rapatriement vers le Compte unique du Trésor (CUT).
L’enjeu est d’abord financier. Dans un contexte où l’État peut être amené à mobiliser des ressources sur les marchés alors que des disponibilités publiques demeurent simultanément dans des comptes bancaires, la centralisation doit permettre d’améliorer la visibilité sur la trésorerie disponible. Elle doit également faciliter la programmation des paiements et, lorsque les fonds sont effectivement mobilisables, limiter le recours à certains financements de court terme.
Mais tous les milliards recensés ne pourront pas nécessairement rejoindre immédiatement le CUT. Les ressources affectées à des projets spécifiques ou provenant de financements extérieurs restent encadrées par des conventions, des engagements contractuels et parfois des restrictions juridiques. Leur transfert devra donc préserver leur destination.
Même prudence du côté des banques. Le ministère des Finances entend tenir compte des contraintes opérationnelles et des exigences prudentielles fixées par la COBAC. Des transferts progressifs pourront ainsi être envisagés lorsque les conditions le justifient. Le secteur bancaire est présenté non comme une contrepartie de la réforme, mais comme un acteur de sa mise en œuvre.
La prochaine séquence sera celle de la vérification. Une mission de vingt jours ouvrables doit examiner les comptes concernés, leurs soldes et les conditions d’un éventuel rapatriement. À terme, trois masses devront être distinguées : les montants recensés, ceux éligibles au transfert et ceux effectivement rapatriés.
Pour le ministre des Finances, la réforme dépasse toutefois la seule centralisation des liquidités. Elle suppose également que le Trésor améliore ses propres services. La digitalisation des paiements, notamment à travers TrésorPay, doit accompagner cette transformation et réduire progressivement le recours aux espèces.
Avec cette nouvelle opération, le Cameroun entend donc passer du simple inventaire des avoirs publics à une gestion plus intégrée de sa trésorerie. Derrière la cartographie des comptes bancaires se joue un enjeu plus large : mieux connaître la liquidité de l’État pour mieux la programmer, la mobiliser et financer ses engagements.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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