Economie

Douala : 53 millions FCFA injectés pour propulser 50 femmes entrepreneures

ASBBIC et CEPAC Solidarité lancent la Phase 3 d’un ambitieux programme de finance inclusive à New Bell

À la Salle des Fêtes du Marché Foumi, à New Bell, l’Association Small and Big Business Women in Cameroon (ASBBIC), en partenariat avec CEPAC Solidarité, a officiellement lancé la troisième phase de son programme de financement des femmes entrepreneures et commerçantes du Cameroun.

Sous le thème évocateur : « Ensemble, chassons la pauvreté au Cameroun », cette nouvelle phase marque un changement d’échelle dans la lutte contre l’exclusion financière des femmes du secteur informel. Au total, 53 millions de FCFA seront injectés dans les activités de 50 femmes sélectionnées, avec des crédits compris entre 350 000 et 10 millions FCFA.

Une finance qui descend dans les marchés

Loin des circuits bancaires traditionnels jugés trop rigides, le projet ASBBIC veut imposer une nouvelle doctrine économique : financer la production réelle au cœur des marchés populaires.

« Nous ne finançons pas des garanties foncières. Nous finançons le potentiel économique des femmes », a déclaré le Directeur Général de CEPAC Solidarité devant un parterre d’autorités administratives, de commerçantes et de partenaires institutionnels.

Dans un contexte où moins de 5 % des femmes camerounaises disposent de garanties bancaires classiques, ASBBIC et CEPAC Solidarité misent sur un modèle hybride mêlant microcrédit, mentorat, formation et accompagnement de proximité.

96,4 % de remboursement : le pari gagnant des femmes

Ce lancement intervient après les résultats jugés “exceptionnels” des deux premières phases pilotes du projet à Douala.
Selon les chiffres présentés lors de la cérémonie, 100 femmes avaient déjà été financées, avec un taux de remboursement historique de 96,4 %, défiant les préjugés longtemps associés au microcrédit dans les marchés populaires.

« Les femmes ont répondu présent. Elles ont prouvé qu’elles sont crédibles financièrement », a insisté Mme Agwenjang Mbayieh épse Foumi Sephorah, présidente de l’ASBBIC.

Pour l’organisation, cette performance constitue désormais un argument économique majeur face aux institutions financières classiques encore réticentes à financer le commerce de proximité féminin.

Objectif : transformer l’informel en moteur de croissance

Au-delà du simple octroi de crédits, la Phase 3 ambitionne une véritable mutation structurelle de l’économie locale.

Le programme prévoit :

250 heures de formation en gestion et numérique ;

un système de mentorat rapproché avec un coach pour cinq bénéficiaires ;

l’ouverture de comptes bancaires dédiés ;

un accompagnement vers la formalisation des activités.

L’objectif affiché est clair : permettre à ces micro-entreprises féminines de sortir progressivement de la survie économique pour entrer dans une logique de croissance durable.

« Le crédit seul est dangereux. Le crédit accompagné devient un moteur économique », a martelé la présidente de l’ASBBIC.

New Bell, symbole d’une économie populaire en mutation

Le choix du Marché Foumi à New Bell n’a rien d’anodin.
Pour les organisateurs, il s’agit d’un signal politique fort envoyé aux femmes des marchés de Douala, souvent exclues des grands mécanismes financiers.

Dans cette phase de consolidation, les secteurs ciblés sont stratégiques :

agroalimentaire ;

élevage périurbain ;

transformation locale ;

artisanat ;

économie circulaire ;

commerce numérique et services de proximité.

À travers ce dispositif, ASBBIC espère générer ou stabiliser plus de 150 emplois directs et indirects dans la ville de Douala.

“Avec cet argent, je vais retirer mes marchandises au port”

Dans la salle, plusieurs bénéficiaires n’ont pas caché leur émotion.

Mme Elisabeth Ngoi, membre active de l’association depuis quatre ans, affirme que le projet a radicalement changé son activité commerciale.

« Grâce à ASBBIC, je suis passée d’un niveau à un autre. Avec les précédents financements, j’ai même pu aller en Chine. L’argent reçu aujourd’hui va me permettre de retirer mes marchandises déjà bloquées au port », confie-t-elle.

Des témoignages qui illustrent l’ambition du programme : transformer les petites commerçantes des marchés populaires en véritables actrices de croissance économique.

Une ambition nationale : financer 1000 femmes

Si cette troisième phase concerne 50 nouvelles bénéficiaires, les ambitions sont beaucoup plus vastes.

« Le projet vise à terme le financement de 1000 femmes. Nous ne sommes encore qu’à la phase primaire », souligne la présidente de l’ASBBIC.

Avec l’appui de CEPAC Solidarité et des partenaires institutionnels, l’organisation veut désormais documenter son modèle de finance inclusive afin de le dupliquer dans d’autres villes du Cameroun.

Dans une économie camerounaise en quête de formalisation et d’inclusion, le projet ASBBIC apparaît progressivement comme un laboratoire social et financier grandeur nature.

Et à New Bell, ce mardi, un message dominait tous les autres :
l’entrepreneuriat féminin n’est plus seulement une question sociale ; il devient un véritable levier macroéconomique.

Afric-eco/Etienne MONTHE
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