DOUALA : Assainissement du secteur des motos-taxis : la CUD enclenche une réforme à fort enjeu économique
À Douala, la bataille pour la structuration du secteur des motos-taxis franchit un nouveau cap. Mardi 17 mars 2026, la Communauté Urbaine de Douala (CUD), à travers sa police municipale dirigée par Arlette Alemoka, a mené une descente de terrain d’envergure à Akwa, épicentre de l’activité économique urbaine.

Objectif affiché : accélérer l’enrôlement massif des conducteurs de motos-taxis dans une base de données centralisée, pierre angulaire d’une réforme visant à formaliser un secteur encore largement dominé par l’informel.
Un levier stratégique pour l’économie urbaine
Dans une ville où les motos-taxis constituent un maillon essentiel de la mobilité et de l’économie populaire, cette opération s’inscrit dans une logique de traçabilité, de sécurisation des recettes fiscales et d’optimisation des revenus des acteurs.

Selon les autorités municipales, l’identification numérique des conducteurs permettra à terme :
d’élargir l’assiette fiscale locale
de réduire les pertes liées à l’informel
et de professionnaliser une activité génératrice de milliers d’emplois
« L’enrôlement permettra aux conducteurs ayant tous leurs papiers d’augmenter leurs revenus et d’être reconnus par l’administration », explique Arlette Alemoka.
Entre adhésion et crispations sur le terrain
Aux côtés des autorités, les présidents de secteurs multiplient les campagnes de sensibilisation. À Cité Bedi, l’un d’eux défend fermement l’initiative :
« L’enregistrement est un concept de la CUD pour identifier tous les motos-taxis. L’enrôlement est gratuit, il suffit d’une CNI, et le chasuble est également gratuit. »
Mais sur le terrain, la réforme suscite de vives interrogations, notamment sur son modèle économique et ses retombées concrètes pour les conducteurs.
Certains dénoncent un manque de transparence autour du partenariat avec MTN :
« Nous faisons la publicité de MTN en portant le chasuble… mais quel est notre avantage ? », s’interroge un conducteur déjà enrôlé.
D’autres pointent des dérives dans la distribution des chasubles, évoquant des coûts officieux allant jusqu’à 5 200 FCFA, en contradiction avec la gratuité annoncée.
La question sensible de l’organisation du secteur
Au cœur des tensions : l’obligation d’appartenir à un “camp” de motos-taxis, présentée par la mairie comme un outil d’organisation territoriale, mais perçue par certains comme une contrainte déguisée.

« Le camp n’est pas un syndicat, il est obligatoire pour organiser la ville », précise Arlette Alemoka.
Une distinction qui ne convainc pas tous les conducteurs, certains invoquant la liberté d’association garantie par la loi camerounaise :
« Je peux être indépendant, payer mes impôts et respecter la loi sans appartenir à un camp », insiste un moto-taximan.
Sécurité vs informalité : un tournant décisif
Pour la CUD, l’enjeu dépasse la simple organisation. Il s’agit aussi de renforcer la sécurité des usagers :
seuls les conducteurs identifiés et porteurs de chasubles seront recommandés au public
les motos non enregistrées pourraient être progressivement exclues de zones stratégiques comme Akwa
Une mesure qui pourrait profondément reconfigurer le marché du transport urbain informel.
Vers une formalisation sous tension
Si certains conducteurs saluent une avancée en matière de protection sociale et de traçabilité — notamment en cas d’accident — d’autres redoutent une réforme mal encadrée, susceptible d’alourdir leurs charges sans garanties immédiates de rentabilité.
Dans un secteur où la précarité reste forte, la réussite de cette opération dépendra de la capacité de la CUD à instaurer confiance, transparence et équité économique.
En ligne de mire : une transformation structurelle
Avec cette opération, la mairie de Douala amorce une mutation ambitieuse : faire passer les motos-taxis d’un modèle informel à une économie urbaine régulée.

Mais sur le terrain, une question demeure : la réforme sera-t-elle un moteur d’inclusion économique ou un facteur de tensions sociales supplémentaires ?
Afric-eco/Étienne MONTHE


