Economie

FINANCE | MARCHÉ DES CAPITAUX | CEMACBGFIBank : 80,5 milliards pour financer l’ambition panafricaine

APPEL PUBLIC À L’ÉPARGNE — À Yaoundé, Henri-Claude Oyima mobilise les investisseurs camerounais autour de la deuxième phase de l’opération. Le groupe veut renforcer ses fonds propres, accélérer son expansion et faire de l’épargne régionale un levier de financement de BGFIBank 2030.

C’est une opération de capital, mais le message est politique autant qu’économique. En réunissant lundi 5 Octobre 2026 à l’Hôtel Hilton de Yaoundé, investisseurs institutionnels, chefs d’entreprise, analystes et acteurs du marché financier, BGFIBank Holding Corporation a lancé la deuxième phase de son offensive auprès de l’épargne camerounaise.

Le groupe bancaire panafricain veut lever 80,558 milliards de FCFA dans le cadre de son Appel public à l’épargne. Objectif : donner davantage de puissance financière à son plan stratégique BGFIBank 2030, renforcer ses filiales et financer une nouvelle étape de son expansion sur le continent.

L’Afrique doit se construire avec ses propres moyens

Devant les investisseurs, le PDG Henri-Claude Oyima a choisi de placer l’opération sous le signe du financement africain de la croissance africaine.

« L’Afrique doit se concevoir, se construire par rapport à ses propres moyens. »

Derrière cette formule, une ambition : faire entrer davantage d’épargnants de la CEMAC au capital d’un groupe présenté comme l’un des principaux champions bancaires de la sous-région.

L’opération porte sur 6,15 % du capital de la holding, au prix de 80 000 FCFA par action. Pour Henri-Claude Oyima, les investisseurs ne doivent pas seulement regarder le rendement potentiel du titre, mais aussi la trajectoire du groupe.

Les performances avancées sont destinées à rassurer. BGFIBank Holding Corporation revendique plus de 133 milliards de FCFA de résultat net consolidé en 2025, plus de 80 milliards de FCFA de dividendes distribués au cours des quatre dernières années et un ratio de solvabilité supérieur à 20 %.

« Que les investisseurs sachent qu’ils ont affaire à un groupe structuré, bien organisé, rentable, et qui pense au futur et à l’importance du capital qu’ils remettent entre nos mains », a insisté le dirigeant.

Le capital comme accélérateur

Pour BGFIBank, l’équation est simple : renforcer les fonds propres pour accroître la capacité de financement.

Les ressources recherchées doivent notamment soutenir l’implantation dans de nouveaux marchés africains, renforcer les principales filiales du groupe et accroître son intervention dans le financement des infrastructures et des projets structurants.

Une stratégie qui prend une résonance particulière dans la CEMAC, où les besoins en financement à long terme restent considérables.

« Une banque progresse en fonction de la qualité de ses fonds propres », rappelle Henri-Claude Oyima.

Cameroun : objectif 1 000 milliards de bilan

Le Cameroun apparaît comme l’un des pivots de cette nouvelle phase.

BGFIBank ambitionne de porter le total de bilan de sa filiale camerounaise à plus de 1 000 milliards de FCFA d’ici 2027. Le groupe veut parallèlement accroître son accompagnement des PME, des grandes entreprises, des particuliers et de l’État.

Le message est également adressé au tissu productif : le renforcement du capital de la banque doit se traduire par une capacité accrue à financer l’économie réelle.

Pour les investisseurs camerounais, l’APE devient ainsi un double pari : investir dans la croissance d’un groupe bancaire régional et participer indirectement au financement de l’économie sous-régionale.

La mécanique sous contrôle du marché

Ulrich Gambigha, directeur général de BGFIBourse, a pour sa part détaillé les contours techniques de l’opération.

BGFIBourse et EDC — Ecobank Development Corporation — interviennent comme arrangeurs agréés. Leur rôle est d’assurer l’interface entre l’émetteur et les investisseurs, dans le strict respect du cadre réglementaire du marché financier régional.

« En tant qu’arrangeurs agréés sur un marché régulé, notre mission est de faire la jonction entre l’émetteur et les investisseurs pour mobiliser, en toute conformité, l’épargne publique nécessaire au financement de nos économies », explique-t-il.

La rencontre de Yaoundé a surtout été l’occasion d’un examen serré du dossier. Liquidité du titre sur la BVMAC, politique de dividendes, rentabilité future, gouvernance, risque de change : les investisseurs ont confronté les dirigeants à leurs principales préoccupations.

Une séquence importante pour une opération dont la réussite dépendra désormais de la capacité à transformer la confiance affichée en engagements financiers.

Douala sous pression

Après Yaoundé, BGFIBank poursuit son roadshow à Douala. Le groupe doit désormais convaincre le patronat, les grands investisseurs et les acteurs économiques de la capitale économique.

Le calendrier est lancé. Le montant est connu. La stratégie aussi.

80,558 milliards de FCFA sont recherchés. Mais derrière cette levée, BGFIBank joue beaucoup plus qu’une opération de marché : la capacité du capital régional à financer l’émergence d’un champion bancaire panafricain.

LES CHIFFRES CLÉS

80,558 milliards FCFA — montant recherché dans le cadre de l’APE

6,15 % — part du capital proposée au marché

80 000 FCFA — prix unitaire de souscription

133 milliards FCFA+ — résultat net consolidé réalisé en 2025

80 milliards FCFA+ — dividendes distribués sur les quatre dernières années

20 %+ — ratio de solvabilité du groupe

1 000 milliards FCFA+ — objectif de total de bilan pour BGFIBank Cameroun en 2027

BGFIBank 2030 — nouveau plan stratégique du groupe

Afric-eco/Etienne MONTHE
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