Centrafrique : le Cameroun ne peut plus être la seule porte du numérique
Une coupure de fibre au Cameroun a suffi à ralentir Internet en Centrafrique. L’incident remet sous les projecteurs une vulnérabilité stratégique : pour accéder au reste du monde, Bangui dépend largement des infrastructures de son voisin occidental. Alors que les économies africaines accélèrent leur transformation numérique, la Centrafrique cherche désormais une deuxième, voire une troisième porte de sortie.
Un câble qui tombe au Cameroun, et c’est la Centrafrique qui vacille. La panne survenue la semaine dernière a une nouvelle fois exposé la fragilité du dispositif numérique centrafricain. Selon le ministère de l’Économie numérique, la coupure de fibre au Cameroun a perturbé la connexion Internet dans le pays.
Derrière l’incident technique se cache un problème beaucoup plus stratégique. La Centrafrique utilise principalement le Cameroun comme passerelle vers les câbles sous-marins internationaux, grâce au Central Africa Backbone (CAB). Une infrastructure qui a permis de désenclaver numériquement Bangui, mais qui crée aussi une forte concentration du risque.
Un incident au Cameroun peut donc devenir un problème économique à Bangui.
Entreprises, banques, administrations, opérateurs télécoms et services numériques sont directement exposés aux interruptions. À cela s’ajoute un risque commercial. Une interconnexion internationale dépend aussi de contrats, de paiements et de relations entre opérateurs.
Le précédent tchadien est parlant. En mai 2025, Camtel avait suspendu la transmission Internet vers le Tchad sur fond d’impayés de Sotel. Il avait fallu l’intervention des autorités pour rétablir la connexion. Pour les pays enclavés, la dépendance numérique peut ainsi rapidement devenir une dépendance stratégique.
Le Congo en ligne de mire
Bangui dispose toutefois d’une carte à jouer : le Congo-Brazzaville. Le projet CAB prévoit une interconnexion avec ce voisin du sud-ouest, lui-même connecté à plusieurs câbles sous-marins, dont WACS et 2Africa.
Le chantier du tronçon Owando-Ouesso est particulièrement surveillé. Une fois achevé, il doit constituer, selon Gauthier Guezewane Gbowé, chargé de mission au ministère centrafricain de l’Économie numérique, une « seconde porte » vers la Centrafrique.
Encore faut-il que cette porte soit réellement ouverte. La gestion de la fibre entre Congo Telecom et Silicone Connect devra notamment permettre de garantir des tarifs compétitifs, une interconnexion efficace avec Bangui et surtout une continuité de service.
Cap sur l’Est
L’autre piste se dessine à l’est. Les autorités centrafricaines évoquent un possible « basculement vers l’Est ». Le rapprochement avec le Soudan du Sud pourrait donner corps à cette stratégie. Un projet annoncé en mai 2026 prévoit l’implication de l’Agence centrafricaine de développement du digital et de MTN.
L’objectif serait de créer progressivement un corridor alternatif vers l’Afrique de l’Est. Une perspective qui pourrait ouvrir la voie aux infrastructures du Kenya, l’un des principaux hubs numériques du continent, connecté notamment à 2Africa, SEACOM, EASSy, TEAMS et PEACE.
D’autres routes existent sur le papier : le Soudan vers la mer Rouge, l’Égypte vers l’Europe et l’Asie, la RDC vers le sud, ou encore le Nigeria vers l’Atlantique. Mais distance, coût des infrastructures terrestres, sécurité, faisabilité technique et accords commerciaux détermineront leur viabilité.
Pour Bangui, le calcul est désormais simple : ne plus dépendre d’une seule porte pour accéder au monde. Car dans une économie où le numérique devient une infrastructure aussi essentielle que l’électricité ou les routes, diversifier les connexions revient à protéger la continuité de l’activité économique. La prochaine bataille de la Centrafrique pourrait donc se jouer non pas dans les câbles sous-marins, mais dans les corridors terrestres capables de les relier.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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