Douala lance son incubateur urbain : Roger Mbassa Ndine veut transformer la capitale économique en hub entrepreneurial d’Afrique centrale
À la Maison de la Culture Sawa, la Ville de Douala dévoile une stratégie ambitieuse pour créer 1 500 emplois, mobiliser 3 milliards FCFA et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs urbains.
La capitale économique du Cameroun vient d’envoyer un signal fort à l’écosystème entrepreneurial national et sous-régional. Réunis à la Maison de la Culture Sawa Lundi 22 Juin 2026, chefs d’entreprises, banquiers, assureurs, investisseurs et partenaires institutionnels ont participé au dialogue économique consacré à la mise en place de l’Incubateur Urbain de Douala, baptisé « Douala Terre d’Entrepreneuriat ».
Au cœur de cette rencontre : une ambition clairement affichée par le maire de la ville, le Dr Roger Mbassa Ndine, celle de faire de Douala le hub entrepreneurial de référence en Afrique centrale.
Créer plus d’entreprises, plus durables et plus créatrices d’emplois
Face à un constat préoccupant, près de 70 % des entreprises créées à Douala disparaissent avant leur cinquième année d’existence, l’exécutif municipal entend agir sur les causes structurelles de cet échec : déficit d’accompagnement, accès difficile au financement, manque de visibilité des opportunités et faiblesse des réseaux d’affaires.
Dans son allocution d’ouverture, le maire a présenté l’incubateur comme un instrument de transformation économique et sociale.
« Nous devons créer davantage d’entreprises, faire que ces entreprises durent plus longtemps et créent beaucoup plus de valeur. Parce que c’est en créant de la valeur qu’elles créent aussi des emplois », a déclaré Roger Mbassa Ndine.
Pour l’édile de Douala, l’enjeu dépasse largement la création de start-up.
« Notre souci est d’accompagner les jeunes et les femmes afin qu’ils créent des entreprises de qualité, des entreprises qui durent, des entreprises qui créent des richesses et des emplois », a-t-il insisté devant un parterre d’acteurs économiques.
Un message qui résonne particulièrement dans une métropole confrontée à une forte pression démographique et à une demande croissante d’emplois qualifiés.
Une Maison de l’Entrepreneur pour répondre aux défis urbains
L’Incubateur Urbain de Douala se veut avant tout un outil de développement territorial.
Mobilité urbaine, gestion des déchets, énergie, fintech, agritech ou encore services urbains intelligents : autant de secteurs où la municipalité souhaite voir émerger des solutions locales innovantes.
Le dispositif prévoit trois niveaux d’accompagnement :
Plus de 500 entrepreneurs pré-incubés chaque année ;
40 entreprises incubées durant neuf mois ;
15 entreprises accélérées et préparées à l’investissement.
L’objectif est de transformer les défis quotidiens de la métropole en opportunités économiques génératrices de revenus et d’emplois.
« Douala est une ville d’énergie et de créativité », a rappelé le maire, convaincu que l’innovation locale constitue l’un des leviers majeurs de modernisation urbaine.
Trois piliers pour structurer l’écosystème entrepreneurial
Le projet repose sur une architecture en trois volets.
Le premier pilier est la création d’un Guide de l’Entrepreneur Urbain, véritable boussole destinée à orienter les porteurs de projets dans leurs démarches administratives, financières et stratégiques.
Le deuxième pilier concerne la mise en place d’un incubateur physique présenté comme une véritable Maison de l’Entrepreneur, lieu d’accueil, de formation, d’accompagnement et de maturation des projets.
Enfin, le troisième pilier est la création du Réseau des Business Angels de Douala (RBAD), destiné à connecter les jeunes entreprises aux investisseurs locaux et à la diaspora.
Pour Mme EKambi, présidente du Cercle des Jeunes Dirigeants, partenaire technique du projet, le diagnostic est clair :
« La ville ne manque pas de ressources. Elle manque surtout de lisibilité. »
Selon elle, de nombreux entrepreneurs ignorent encore vers quelles structures se tourner pour développer leurs activités.
« Ce n’est ni l’ambition ni le talent qui manquent à Douala. Ce qui manque, c’est l’accompagnement. C’est précisément ce que nous voulons construire aujourd’hui avec cet écosystème », explique-t-elle.
Mobiliser les capitaux locaux et la diaspora
L’une des innovations majeures du projet réside dans sa stratégie de financement.
La municipalité ne prévoit pas de financer directement les entreprises incubées. Elle entend plutôt jouer un rôle de facilitateur entre entrepreneurs, investisseurs privés, banques et diaspora.
Le futur Réseau des Business Angels de Douala devra ainsi fédérer des chefs d’entreprises expérimentés capables d’apporter simultanément des financements, du mentorat et des opportunités commerciales.
Dans la salle, la présence remarquée des banques, des compagnies d’assurance ainsi que du Consul général de France a illustré la dimension internationale que souhaite prendre l’initiative.
Pour les promoteurs du projet, la diaspora camerounaise constitue également un réservoir stratégique de compétences, d’expertise et de capitaux susceptibles d’accélérer la croissance des jeunes entreprises locales.
Un impact attendu bien au-delà de Douala
À l’horizon de 36 mois, la Ville de Douala affiche des objectifs particulièrement ambitieux :
1 500 entrepreneurs formés ;
1 500 emplois créés ou consolidés ;
3 milliards FCFA mobilisés en financements et garanties ;
80 % de taux de survie des entreprises accompagnées ;
Plus de cinq partenariats régionaux développés dans l’espace CEMAC.
Au-delà des chiffres, l’initiative pourrait repositionner Douala comme la principale porte d’entrée entrepreneuriale de l’Afrique centrale.
L’ambition est de faire émerger un modèle capable d’inspirer d’autres métropoles de la sous-région confrontées aux mêmes défis d’urbanisation, de chômage des jeunes et de diversification économique.
Le secteur privé prêt à s’engager
Parmi les réactions recueillies à l’issue des travaux, Samuel Essombè, dirigeant de Nextware Global Solution, voit dans le projet une opportunité de mobilisation collective autour du développement urbain.
« Nous avons besoin des entrepreneurs pour apporter des solutions aux problèmes de notre ville. En tant qu’acteurs économiques, nous comptons nous positionner afin de contribuer au développement de Douala », affirme-t-il.
Un engagement qui illustre la philosophie du projet : faire travailler ensemble collectivités territoriales, entreprises, investisseurs et innovateurs pour construire une économie urbaine plus résiliente.
Une nouvelle étape dans la stratégie économique de Douala
À travers l’Incubateur Urbain, la Ville de Douala ne se contente plus de gérer les infrastructures et les services publics. Elle assume désormais un rôle de catalyseur économique.
Pour Roger Mbassa Ndine, la réussite du projet dépendra de la capacité des différents acteurs à transformer les intentions affichées en engagements concrets.
« Cette rencontre doit aller au-delà des intentions. Elle doit nous permettre d’aligner nos visions, de consolider nos interactions et de poser les bases d’actions concrètes et rapides », a-t-il conclu.
Dans une Afrique centrale en quête de nouveaux moteurs de croissance, Douala entend désormais faire de l’entrepreneuriat urbain un levier stratégique de création de richesse, d’emplois et d’amélioration durable des conditions de vie des populations.
Afric-eco/Etienne MONTHE
Contact média : WhatsApp+(237)674147515


