Economie

Cameroun–États-Unis : le pari des 7 milliards de dollars

De l’hydroélectricité aux minerais critiques, Washington et Yaoundé veulent accélérer. Près de 7 milliards de dollars d’opportunités ont été identifiés lors du premier Dialogue économique et commercial bilatéral. Reste désormais à transformer les annonces en capitaux, en emplois et en nouvelles chaînes de valeur pour l’Afrique centrale.

Le chiffre frappe : 7 milliards de dollars. C’est le volume d’opportunités d’investissement, de commerce et d’expansion de projets recensées à l’issue du premier Dialogue économique et commercial entre le Cameroun et les États-Unis, organisé les 27 et 28 août à Yaoundé. Un portefeuille encore largement en devenir, mais qui témoigne d’un regain d’intérêt américain pour la première économie de la Cemac.

Dans les faits, Washington et Yaoundé veulent changer de braquet. Les projets identifiés couvrent des secteurs jugés stratégiques : énergie, minerais critiques, infrastructures, numérique, logistique et foresterie. Mais leur concrétisation dépendra de la capacité du Cameroun à lever plusieurs verrous : financement, fiscalité, logistique, réglementation et climat des affaires.

L’énergie donne le ton. Avec ses 3,5 milliards de dollars, le projet hydroélectrique de Grand Eweng est de loin le plus important. Porté par l’investisseur new-yorkais Hydromine, le barrage sur la Sanaga devrait afficher une capacité de 1 040 MW. De quoi renforcer l’offre électrique du Cameroun et, potentiellement, soutenir l’industrialisation d’un marché régional confronté à des déficits énergétiques persistants.

Autre chantier majeur : l’aéroport envisagé dans la métropole de Douala. A. Epstein and Sons International et ITF discutent d’un investissement de 2 milliards de dollars. À cela s’ajoute un programme de 230 millions de dollars pour des infrastructures culturelles à Yaoundé, Douala et Bamenda.

La bataille des minerais critiques se joue également au Cameroun. À Minta, dans le Centre, Tronox et Lion Rock Minerals avancent sur un projet de rutile et de terres rares évalué à 500 millions de dollars. Dans l’Est, ARM négocie l’exploitation du gisement de cobalt-nickel-manganèse de Nkamouna, avec un investissement initial estimé à 85 millions de dollars.

Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse le seul marché camerounais. Dans un contexte de compétition mondiale pour sécuriser les minerais indispensables aux technologies et à la transition énergétique, l’Afrique centrale devient un terrain stratégique.

Le numérique et la logistique complètent ce portefeuille. Cybastion prévoit 75 millions de dollars pour un centre de données à Douala. FedEx et Globex Cameroun travaillent sur un entrepôt à l’aéroport international de Douala. Hoffman Equipment prépare, lui, un projet de 83 millions de dollars assorti d’un volet de formation technique.

Mais le paradoxe demeure. En 2025, les échanges de biens et services entre les deux pays n’ont représenté qu’environ 704,6 millions de dollars. Le potentiel est donc considérable, mais la relation commerciale reste encore sous-dimensionnée.

Le Cameroun dispose pourtant d’atouts : près de 30 millions d’habitants, des ressources minières et énergétiques importantes, une position stratégique dans le golfe de Guinée et le statut de première économie de la Cemac.

Le prochain combat sera celui de l’exécution. Des groupes de travail conjoints doivent désormais avancer sur la fiscalité, les ports, la logistique et la réforme minière. Car entre 7 milliards de dollars annoncés et 7 milliards réellement investis, il y a toute la distance qui sépare une ambition économique d’un véritable changement d’échelle.

Afric-eco/Etienne MONTHE
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