Lunettes, normes, santé : à Douala, le Cameroun veut changer la donne
À l’occasion de son 3ᵉ congrès, organisé les 19 et 20 août à Douala, l’Ordre national des opticiens du Cameroun veut faire de la norme et de la qualité les nouveaux garde-fous d’une profession appelée à prendre une place stratégique dans les systèmes de santé africains.
À Douala, le message est sans détour : dans l’optique médicale, l’à-peu-près peut coûter cher. Pendant deux jours, plus de 300 professionnels opticiens, optométristes, ophtalmologues, étudiants, entrepreneurs, représentants des pouvoirs publics et partenaires industriels, se retrouvent pour un congrès qui dépasse largement le cadre corporatiste. Derrière les lunettes, les verres et les équipements se joue une question de santé publique : comment protéger durablement le capital visuel des populations ?

C’est tout l’enjeu du 3ᵉ Congrès de l’optique médicale au Cameroun, placé sous le thème : « Norme, Qualité et entrepreneuriat en Optique : pour une santé visuelle durable au Cameroun ». Une équation qui résonne déjà au-delà des frontières camerounaises, dans une Afrique où l’accès aux soins visuels reste un défi et où les marchés de l’optique connaissent une transformation rapide.
On ne joue pas avec l’œil
YOPNDOÏ Charles, délégué régional de la santé publique pose le décor. Pour lui, le premier combat est celui de la qualification et de la sécurité du patient.

« La pratique de l’optique médicale est un métier qui rencontre beaucoup d’acteurs qui s’y intègrent sans avoir la qualité nécessaire », explique-t-il.
Son inquiétude : voir des personnes intervenir dans un secteur où les frontières professionnelles, les compétences et les standards ne sont pas toujours suffisamment compris. Le congrès doit donc rappeler comment on devient opticien médical, mais aussi préciser la limite de compétence de l’opticien médical.
Au cœur de cette mise au point : les équipements et les produits utilisés sur le marché.
« Nous avons le devoir, en tant que ministère de la Santé publique, de veiller à la qualité des soins, mais surtout à la sécurité des patients. Et on sait qu’on ne joue pas avec l’œil », insiste le responsable régional.
Cette déclaration donne au congrès une portée particulière. Elle traduit une volonté de passer d’une logique de simple contrôle professionnel à une véritable politique de qualité, où formation, réglementation, équipements et protection du patient doivent avancer ensemble.
L’ONOC veut reprendre le contrôle du marché
Pour Solange Vénérande Douanla, présidente de l’Ordre national des opticiens du Cameroun (ONOC), le problème est encore plus profond. Il ne s’agit pas seulement de savoir qui vend des lunettes, mais ce que l’on vend, comment on le fabrique et sous quelle responsabilité.

« Le problème principal qui est attaqué aujourd’hui est celui de la qualité des produits qui circulent sur le territoire national et qui sont utilisés sur les populations », souligne-t-elle.
Le constat est préoccupant : certains patients disposent bien d’un équipement, mais ne retrouvent pas le confort visuel attendu. Pour l’ONOC, la réponse passe par une chaîne de normes allant du produit à la pratique professionnelle, en passant par l’environnement dans lequel l’acte est réalisé.
La présidente insiste également sur un point sensible : l’identification du professionnel agréé.
« Il n’y a pas d’absence d’opticiens. Il faut seulement reconnaître l’opticien », martèle-t-elle.
L’Ordre travaille ainsi à l’harmonisation des plaques devant les établissements autorisés, avec affichage du numéro d’agrément ou d’autorisation. Un dispositif qui doit permettre au patient de savoir à qui il confie sa santé visuelle et, surtout, de disposer d’un recours en cas de litige.
De Douala à la sous-région
Cette bataille pour la normalisation n’est pas uniquement camerounaise. Elle touche l’ensemble des marchés africains confrontés aux mêmes défis : exercice informel, produits de qualité variable, déficit de formation continue, faible structuration des entreprises et arrivée de nouvelles technologies.
L’ONOC veut donc profiter du congrès pour ouvrir un chantier plus vaste : faire de l’optique médicale un secteur professionnel, compétitif et capable de contribuer aux politiques publiques de santé.
Digitalisation, télémédecine, recherche scientifique, équipements de pointe, gouvernance des entreprises, entrepreneuriat et partenariats public-privé figurent ainsi parmi les pistes explorées.
Le pari est également économique. Car derrière la volonté d’assainir la profession se profile une autre ambition : faire émerger des entreprises africaines capables de produire, distribuer et maintenir des équipements répondant aux standards internationaux. Le Cameroun avait déjà engagé des discussions autour du contrôle de la qualité des verres médicaux, de la clarification des compétences et de la production locale.
Une profession en quête de crédibilité
Créé par la loi du 7 avril 1999 et placé sous la tutelle du ministère chargé de la Santé publique, l’ONOC est investi d’une mission de service public : réguler la profession, veiller à l’éthique et à la déontologie et contribuer à la mise en œuvre de la politique nationale en matière d’optique médicale.
Le congrès intervient dans un contexte où l’Ordre accélère précisément cette structuration. En mai 2026, l’organisation faisait notamment état de travaux autour d’un nouveau référentiel minimum de base pour les verres ophtalmiques.
Le signal envoyé depuis Douala est donc autant sanitaire qu’économique : l’Afrique ne peut plus considérer l’optique comme un simple commerce de lunettes. C’est une filière de santé, un marché, un espace d’innovation et un secteur créateur d’emplois.
Pour le Cameroun, l’objectif est désormais de transformer les normes en réflexes professionnels, la qualité en argument commercial et l’entrepreneuriat en moteur de croissance.
Et si le véritable enjeu de ce 3ᵉ congrès était finalement de faire du Cameroun un laboratoire régional de la qualité en santé visuelle ? La réponse pourrait bien se trouver dans les recommandations qui sortiront de Douala.
Afric-eco/ Etienne MONTHE
Contact média : WhatsApp+237(674147515
E-mail : africeco@yahoo.com


