Economie

Cameroun : Canyon Resources verrouille le rail et le port pour accélérer l’exportation de la bauxite de Minim Martap

À quelques mois du lancement des premières exportations de bauxite camerounaise, le groupe australien Canyon Resources muscle son emprise sur les infrastructures stratégiques du pays. Dans une opération à forte portée économique et logistique, sa filiale camerounaise Camalco a annoncé, vendredi 8 mai, un investissement de 9,85 milliards FCFA afin de porter sa participation dans Camrail de 9,1 % à 26,9 %.

Cette montée spectaculaire au capital de l’opérateur ferroviaire camerounais marque un tournant majeur dans le développement du projet minier de Minim Martap, appelé à devenir la première grande mine de bauxite du Cameroun et l’un des futurs pôles d’approvisionnement en aluminium de la sous-région CEMAC.

Une stratégie intégrée mine-rail-port

Derrière cette opération financière se dessine une stratégie industrielle claire : sécuriser toute la chaîne logistique entre la mine située dans l’Adamaoua et le port de Douala. Canyon Resources entend ainsi réduire sa dépendance opérationnelle et garantir la fluidité des futures exportations attendues dès le troisième trimestre 2026.

Le groupe australien ne s’est d’ailleurs pas limité au rail. Il a également confirmé la finalisation d’une prise de participation de 42,8 % dans Terminal Bois du Port de Douala S.A., pour un montant de 347,4 millions FCFA. Une double offensive logistique qui renforce le schéma intégré « mine-rail-port », désormais au cœur de la stratégie extractive du projet Minim Martap.

« Canyon s’assure une influence directe sur les infrastructures ferroviaires et portuaires essentielles qui sous-tendent nos activités. Ces initiatives renforcent considérablement la coordination, améliorent la sécurité opérationnelle et réduisent de manière significative les risques liés à notre logistique », a expliqué Peter Secker.

Le rail camerounais au cœur de la nouvelle bataille minière

Au-delà du projet Minim Martap, cette opération redonne une place centrale au réseau ferroviaire camerounais dans les ambitions minières régionales. Longtemps critiqué pour ses limites techniques et ses capacités insuffisantes, le chemin de fer apparaît désormais comme un levier stratégique pour l’industrialisation et les exportations minières du Cameroun.

Les fonds injectés par Canyon Resources devraient notamment accompagner le Plan quinquennal n°2 (PQ2) de modernisation du réseau ferroviaire, attendu au premier semestre 2027 avec l’appui financier de la Banque mondiale.

Pour plusieurs observateurs du secteur extractif, cette montée au capital traduit également un changement de paradigme : les groupes miniers ne veulent plus seulement exploiter les ressources africaines, mais contrôler les corridors logistiques indispensables à leur compétitivité internationale.

Un projet à portée sous-régionale

Avec des réserves estimées parmi les plus importantes d’Afrique centrale, Minim Martap pourrait repositionner le Cameroun dans la chaîne mondiale de l’aluminium, à un moment où la demande en minerais stratégiques explose sous l’effet de la transition énergétique et des besoins industriels asiatiques.

L’entrée renforcée de Canyon dans les infrastructures de transport pourrait aussi avoir des retombées au-delà des frontières camerounaises, notamment pour les échanges commerciaux dans l’espace CEMAC, où les questions de connectivité ferroviaire et portuaire restent un défi majeur pour l’intégration économique régionale.

En consolidant simultanément ses positions dans le rail et au port de Douala, Canyon Resources envoie un signal fort : la bataille de la bauxite en Afrique centrale se jouera autant dans les mines que sur les infrastructures capables d’acheminer les minerais vers les marchés mondiaux.

Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
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