Transport Douala–N’Djamena : le Tchad bascule dans l’ère numérique, une révolution logistique en marche
Le corridor Douala–Kribi–N’Djamena entre officiellement dans une nouvelle ère. Le Bureau National du Fret Terrestre (BNFT) a lancé la phase pilote de la digitalisation des documents clés du transport routier international, marquant un tournant stratégique pour les échanges commerciaux entre le Tchad et le Cameroun, avec des répercussions attendues sur toute la sous-région Cemac.

Jusqu’ici, la gestion des lettres de voiture obligatoires (LVO) et des taxes à l’essieu reposait sur un traitement manuel, exposé aux lenteurs administratives et aux risques de fraude. Désormais, place à une plateforme numérique intégrée, capable d’assurer la traçabilité en temps réel des camions, des cargaisons et des chauffeurs, y compris sur les axes les plus reculés d’Afrique centrale.

Une forteresse numérique pour le fret tchadien
Pour El Hadj Oumarou, figure de proue du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (BGFT), il s’agit d’un « saut qualitatif historique ».
« Hier encore, le BNFT naviguait dans le traitement manuel des documents, avec des feuilles fragiles que le vent de la fraude pouvait emporter. Aujourd’hui, nous bâtissons une forteresse numérique », a-t-il déclaré.
Le partenariat technique noué avec les entreprises Ted Link Solution et Servoo, spécialisées en ingénierie et transformation digitale, est présenté comme un modèle de coopération Sud-Sud. Au-delà de la modernisation technologique, le projet repose sur un transfert effectif de compétences : les équipes tchadiennes sont formées et placées aux commandes de l’outil numérique.

Traçabilité en temps réel sur le corridor stratégique
Concrètement, la nouvelle plateforme permettra :
La délivrance dématérialisée des LVO ;
Le paiement sécurisé des taxes à l’essieu ;
Le suivi géolocalisé des camions sur l’ensemble du corridor ;
La centralisation des données logistiques pour un meilleur pilotage stratégique.
Même en zone désertique, un transporteur pourra désormais localiser son véhicule et sécuriser sa cargaison. Une avancée majeure sur cet axe vital reliant les ports de Douala et Kribi à N’Djamena, véritable poumon des importations tchadiennes.

Impact économique sous-régional
Les retombées attendues dépassent le simple cadre administratif. Pour le Directeur général du BNFT, Saleh Youssouf Erda, la digitalisation constitue un levier de souveraineté économique.
« Nous écrivons une page de l’histoire du BNFT avec les outils du XXIe siècle. La lutte contre la fraude prendra une nouvelle dimension et les recettes publiques s’en trouveront consolidées », a-t-il affirmé lors du lancement officiel.
En toile de fond, c’est toute la compétitivité du corridor Cameroun–Tchad qui est en jeu. La réduction des délais, la sécurisation des transactions et la transparence accrue devraient fluidifier le commerce transfrontalier, renforcer l’attractivité logistique de la zone Cemac et améliorer la mobilisation des ressources internes.

Une intégration régionale en marche
Au moment où l’Afrique centrale cherche à consolider son intégration économique, cette réforme logistique apparaît comme un signal fort. Le corridor Douala–N’Djamena, qui s’étend jusqu’aux confins sahéliens et vers le Soudan, pourrait devenir un modèle de modernisation pour les autres axes stratégiques de la sous-région.
Avec cette phase pilote, le Tchad affirme son ambition : transformer la contrainte géographique d’un pays enclavé en opportunité logistique compétitive.

La route est encore longue, mais le virage numérique est bel et bien amorcé.
Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA


