CEMACEconomie

BGFI Holding Corporation fait exploser la BVMAC et redonne des ambitions financières à la CEMAC

La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, BVMAC, vient de vivre l’une des séances les plus marquantes de son histoire. L’introduction en bourse de BGFI Holding Corporation sur le compartiment A-Premium a instantanément changé l’échelle du marché financier sous-régional.

Avec une capitalisation de 1 207,7 milliards de FCFA dès son entrée à la cote, le géant bancaire gabonais devient immédiatement la première puissance boursière de la CEMAC, redessinant profondément l’architecture du marché financier régional.

Pour sa première séance de cotation, le titre BGFI HC a envoyé un signal fort aux investisseurs. Introduite à 80 000 FCFA, l’action a clôturé à 82 000 FCFA, soit une hausse immédiate de 2,5 %. Au total, 607 actions ont été échangées pour un volume global de 49,774 millions de FCFA à travers dix transactions, traduisant un démarrage jugé encourageant par les opérateurs du marché.

La BVMAC franchit un cap historique

L’effet BGFI HC a provoqué une véritable explosion des indicateurs de la place boursière régionale. Grâce aux 14 728 385 titres désormais cotés, dont 566 561 actions constituant le flottant, le flottant global de la BVMAC bondit de 70,2 milliards à 120,6 milliards de FCFA.

L’indice BVMAC All Share Index a immédiatement réagi, enregistrant une progression de 4,39 % pour atteindre 1 131,15 points. Une performance également soutenue par le rebond technique de Socapalm, dont le titre a gagné 10 % pour revenir à 55 000 FCFA après sa correction du 5 mai.

Pour Louis Banga Ntolo, cette opération marque un tournant structurel pour la finance régionale.

« La capitalisation boursière a pratiquement triplé avec une seule opération. Nous étions autour de 1 178 milliards FCFA, mais avec le prix constaté aujourd’hui, nous allons certainement dépasser les 1 300 milliards FCFA de capitalisation », a-t-il déclaré.

Le directeur général de la BVMAC voit également dans cette introduction un puissant signal politique et économique envoyé aux acteurs de la sous-région.

« Un actionnaire historique de la BVMAC a prêché par l’exemple. Nous espérons désormais un effet domino qui inspirera d’autres entreprises et renforcera l’approfondissement du marché financier de la CEMAC », a-t-il insisté.

BGFI mise sur sa force commerciale panafricaine

Du côté du groupe bancaire, l’opération est présentée comme l’aboutissement d’une stratégie régionale soigneusement orchestrée.

Présent dans douze pays africains, BGFI Holding Corporation a mobilisé l’ensemble de son réseau commercial ainsi que les 22 sociétés de bourse impliquées dans le syndicat de placement afin d’assurer le succès de l’opération.

Selon Henri-Claude Oyima, plus de 7 600 investisseurs ont acquis le titre BGFI HC à travers les différents pays d’implantation du groupe.

« Tous les commerciaux de nos filiales ont vendu le titre BGFI dans leurs pays respectifs. Cette synergie avec les sociétés de bourse a permis une mobilisation exceptionnelle des investisseurs », a expliqué le dirigeant.

Le PDG de BGFI n’a pas manqué de souligner la plus-value immédiate enregistrée dès les premières heures de cotation.

« Une action achetée à 80 000 FCFA vaut déjà 82 000 FCFA. Mathématiquement, les investisseurs ont déjà réalisé une plus-value de 2 000 FCFA par action », a-t-il affirmé.

Entre euphorie boursière et fragilité persistante du marché

Mais derrière cette performance spectaculaire, certains analystes appellent déjà à la prudence. Car si l’arrivée de BGFI HC donne une nouvelle profondeur au marché actions, elle révèle aussi les déséquilibres persistants de la place financière régionale.

Le compartiment obligataire a d’ailleurs envoyé un signal inverse. L’obligation souveraine gabonaise EGA12 (EOG MT 6,60 % net 2024-2027) s’est échangée avec une décote de 2 %, à 98 % du nominal, pour un montant global de 60,8 millions FCFA. Il s’agit de la deuxième émission souveraine gabonaise négociée sous le pair après l’EGA15 en mars dernier.

Ce contraste entre l’euphorie autour de BGFI HC et la pression observée sur certaines obligations souveraines illustre les interrogations persistantes des investisseurs sur la liquidité et la profondeur réelles du marché financier de la CEMAC.

Désormais, le principal défi pour les régulateurs sera de transformer cette introduction historique en dynamique durable pour l’ensemble de la cote. Les prochaines séances permettront de mesurer si BGFI HC devient le moteur d’un véritable réveil boursier régional ou simplement un mastodonte dominant un marché encore étroit.

Une chose est néanmoins acquise : avec l’entrée de BGFI HC, la BVMAC vient de franchir un seuil psychologique et financier majeur, ouvrant peut-être une nouvelle ère pour les marchés de capitaux en Afrique centrale.

Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
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