Crise des engrais : l’Afrique centrale sous pression face au choc logistique mondial
Le conflit au Moyen-Orient commence à produire ses premières secousses économiques majeures sur les marchés agricoles mondiaux. Dans une alerte publiée cette semaine, la Banque mondiale prévient que les prix des engrais pourraient exploser de plus de 30 % en 2026, en raison des perturbations persistantes du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, corridor stratégique par lequel transitent chaque année près de 16 millions de tonnes de fertilisants.
Cette flambée intervient dans un contexte déjà tendu pour les économies africaines, confrontées à l’inflation alimentaire et à la fragilité des chaînes d’approvisionnement. L’urée, principal engrais azoté utilisé dans le monde, affiche déjà une envolée spectaculaire : 725,6 dollars la tonne en mars, soit une hausse de près de 54 % en un mois et un record inédit depuis quatre ans. Les prix du phosphate diammonique (DAP) et du chlorure de potassium (MOP) progressent également, accentuant la pression sur les coûts agricoles.
Pour les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, cette crise pourrait rapidement se transformer en choc économique régional. Dépendants des importations d’engrais pour soutenir les cultures de cacao, de coton, de maïs ou de riz, plusieurs États risquent de voir leurs dépenses agricoles exploser au moment même où les finances publiques restent sous tension.
Au Cameroun, premier bassin agro-industriel de la sous-région, les opérateurs agricoles redoutent déjà une hausse des coûts de production susceptible d’affecter les prix des denrées alimentaires sur les marchés locaux. Même inquiétude au Gabon, au Congo et au Tchad, où les importateurs surveillent avec nervosité l’évolution des tarifs du fret maritime et du gaz naturel, matière première essentielle à la fabrication de l’ammoniac.
Selon la Banque mondiale, les prix de l’urée pourraient encore grimper jusqu’à dépasser les niveaux records observés en 2022 si les tensions géopolitiques persistent. L’institution souligne également le risque de voir certains grands exportateurs instaurer des restrictions commerciales pour protéger leurs marchés domestiques, aggravant davantage les pénuries mondiales.
En toile de fond, cette crise remet au centre du débat la question de la souveraineté agricole africaine. Plusieurs analystes estiment que l’Afrique centrale paie aujourd’hui le prix de sa forte dépendance aux intrants importés et appellent à la création d’industries régionales de production d’engrais pour sécuriser les chaînes agricoles et limiter l’exposition aux chocs internationaux.
Alors que la campagne agricole 2026 se prépare dans un climat d’incertitude, la flambée des fertilisants pourrait devenir l’un des principaux facteurs d’accélération de l’inflation alimentaire sur le continent dans les prochains mois..
Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
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