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Afrique centrale : le mobile money redessine les flux financiers de la CEMAC

L’économie numérique gagne du terrain en Afrique centrale. Les transferts d’argent internationaux vers la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) connaissent une mutation spectaculaire, portée par l’essor du mobile money. D’après le rapport 2024 de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur les services de paiement, plus de 1 000 milliards de FCFA ont été réceptionnés directement sur des comptes mobiles dans la sous-région au cours de l’année.

Cette progression confirme l’émergence du téléphone portable comme principal outil d’inclusion financière dans les six États de la CEMAC. En un an, les transferts entrants ont bondi de 77 %, passant de 763,8 milliards FCFA en 2023 à 1 354 milliards FCFA en 2024. Le volume des opérations a lui aussi explosé, atteignant 7,81 millions de transactions contre 2,91 millions un an plus tôt.

Pour les observateurs économiques, cette dynamique traduit une montée en puissance des flux de la diaspora vers les économies locales, mais aussi une profonde transformation des habitudes financières dans la sous-région. Les fonds envoyés servent principalement à soutenir la consommation des ménages, les dépenses sociales, les petits commerces et les activités informelles, véritables moteurs des économies d’Afrique centrale.

L’Union européenne conserve la première place parmi les zones d’origine des transferts, avec 804 milliards FCFA injectés dans la CEMAC à travers plus de 4 millions d’opérations. L’Amérique du Nord suit avec 275 milliards FCFA. Ces deux espaces concentrent l’essentiel des envois financiers vers la sous-région, révélant le poids stratégique des diasporas africaines dans la stabilité économique régionale.

Le succès du mobile money repose sur un maillage territorial de plus en plus dense. En 2024, la CEMAC comptait plus de 51 millions de comptes de paiement mobile, soit une progression de 28 %, ainsi que plus de 634 000 points de service. Une expansion qui réduit progressivement la dépendance aux circuits bancaires classiques, encore peu accessibles dans plusieurs zones rurales.

Cette révolution digitale pourrait également renforcer l’intégration économique sous-régionale. En fluidifiant les transferts de fonds et les paiements transfrontaliers, le mobile money favorise les échanges commerciaux de proximité et accélère la circulation des capitaux au sein de l’espace communautaire.

Cependant, la tendance reste plus contrastée pour les transferts sortants. Si leur nombre a augmenté de plus de 42 %, leur valeur globale a reculé de près de 12 %, pour s’établir à 756,7 milliards FCFA. Une évolution qui traduit la multiplication des petits transferts dans un contexte économique marqué par la pression sur les revenus et la recherche de solutions financières plus accessibles.

La BEAC rappelle enfin que les services de mobile money sont principalement utilisés pour les transferts internationaux de montants inférieurs ou égaux à un million de FCFA. À l’intérieur de la CEMAC, en revanche, les réceptions de fonds ne subissent aucune restriction de montant, renforçant ainsi la dynamique d’intégration financière régionale.

À travers cette montée en puissance du numérique, l’Afrique centrale confirme sa transition vers une économie davantage connectée, où le mobile money devient progressivement l’infrastructure financière la plus utilisée par les populations.

Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
Contact watsapp : +(237)674147515

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