ZLECAf : l’Afrique accélère, 230 milliards $ d’échanges attendus en 2026

L’Afrique s’apprête à franchir un cap décisif dans sa dynamique commerciale. Selon un nouveau rapport publié par Afreximbank, les échanges intra-africains devraient bondir de 10 % en 2026 pour atteindre 230 milliards de dollars, contre 210 milliards en 2025, confirmant une montée en puissance de l’intégration économique du continent.

Cette progression repose sur des avancées structurantes enregistrées en 2025, notamment la mise en œuvre du système panafricain de paiement (PAPSS), la levée progressive des barrières non tarifaires sur les grands corridors commerciaux et l’adoption du protocole sur le commerce numérique dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Un choc d’intégration aux retombées sous-régionales

L’impact attendu dépasse le simple cadre continental. En Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest notamment, cette dynamique pourrait redessiner les chaînes d’approvisionnement, fluidifier les échanges transfrontaliers et réduire significativement les coûts commerciaux. Le PAPSS, en particulier, devrait permettre une réduction des coûts de change estimée entre 20 % et 30 %, un gain majeur pour les PME et les acteurs du commerce informel.

Dans les hubs économiques comme Douala, Abidjan ou Lagos, cette transformation pourrait se traduire par une intensification des flux logistiques, un regain d’activité portuaire et une montée en puissance des industries locales.

Mutation progressive des moteurs de croissance

Le rapport souligne également une évolution qualitative des échanges : les secteurs manufacturier et agroalimentaire devraient représenter jusqu’à 50 % du commerce intra-africain en 2026, contre 46 % en 2025. Une transition stratégique qui marque un début de rupture avec la dépendance historique aux matières premières.

Parallèlement, la part du commerce intra-africain dans les échanges globaux du continent devrait atteindre 16 %, signe d’un rééquilibrage progressif vers une croissance endogène.

Un commerce encore fragile mais porteur d’opportunités

Malgré ces perspectives encourageantes, le commerce africain reste structurellement déséquilibré. Les exportations hors du continent demeurent dominées par les matières premières (jusqu’à 70 %), tandis que les importations sont largement composées de produits manufacturés.

Avec seulement 3 % des exportations mondiales, l’Afrique reste marginale dans les chaînes de valeur globales, exposées aux chocs externes et à la volatilité des prix.

Mais ce constat cache un potentiel considérable : le déficit d’exportation du continent est estimé à près de 434 milliards de dollars. La transformation locale des ressources apparaît comme un levier clé. À titre illustratif, la valorisation des produits agricoles pourrait accroître les recettes d’exportation de plus de 40 %, tandis que la transformation minière pourrait générer jusqu’à 120 milliards de dollars annuels et créer plus de 400 000 emplois.

Une recomposition géoéconomique du continent

Si l’Afrique australe demeure le principal moteur du commerce intra-africain, une montée en puissance de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique de l’Est est attendue, portée par l’accélération de la ZLECAf. L’Afrique du Nord, quant à elle, consolide ses connexions interrégionales avec une offre exportatrice plus diversifiée.

Enjeu stratégique : transformer l’essai

Dans ce scénario optimiste, fondé sur une stabilisation du commerce mondial et un apaisement des tensions géopolitiques, l’Afrique dispose d’une fenêtre d’opportunité historique. Mais sa concrétisation dépendra de réformes profondes : amélioration de la gouvernance, investissements massifs dans les infrastructures et accélération de l’intégration régionale.

En toile de fond, un enjeu majeur : faire du commerce intra-africain non plus un complément, mais le socle d’une croissance durable et souveraine à l’échelle du continent et de ses sous-régions.

Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA

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