CUD – Douala serre la vis sur les motos-taxis : une réforme stratégique aux enjeux économiques majeurs enclenchée

Le secteur des motos-taxis, pilier informel mais vital de l’économie urbaine, entre dans une phase décisive de restructuration. Réunis le samedi 11 Avril 2026 sous l’égide de la Communauté urbaine de Douala (CUD), les présidents nationaux des syndicats de motos-taxis ont pris part à une concertation stratégique de grande envergure, présidée par Arlette Alemoka, directrice de la police municipale.

Dès l’ouverture, le ton a été donné. Arlette Alemoka a qualifié cette initiative de « grande concentration des acteurs du secteur moto », annonçant un processus élargi sur un mois, impliquant forces de maintien de l’ordre, responsables politiques et médias. Objectif : harmoniser les positions et impulser une réforme structurante dans un secteur qui pèse lourd dans l’économie locale.

Un secteur clé sous pression de formalisation

Avec plus de 24 000 conducteurs déjà enrôlés, les autorités reconnaissent néanmoins un retard significatif dans l’atteinte d’une couverture majoritaire. Dans une ville où les motos-taxis assurent une part essentielle de la mobilité quotidienne et génèrent des milliers d’emplois, l’enjeu dépasse la simple régulation : il s’agit d’une formalisation progressive d’un pan entier de l’économie informelle.

Les autorités insistent désormais sur l’intensification de la sensibilisation, avec un accent particulier sur l’enregistrement des acteurs. Une étape jugée cruciale pour améliorer la traçabilité, sécuriser les recettes fiscales potentielles et encadrer les pratiques.

Dysfonctionnements et dérives : les syndicats tirent la sonnette d’alarme

La réunion a également mis en lumière des zones d’ombre préoccupantes. Un président de syndicat a dénoncé des pratiques frauduleuses, notamment l’enrôlement d’expatriés contre rémunération, facilité par des complicités internes. Une situation qui fragilise la crédibilité du processus et révèle les dérives d’un système encore peu structuré.

Des mesures fortes pour assainir et sécuriser le secteur

Face à ces défis, plusieurs résolutions majeures ont été adoptées :

Digitalisation du flocage via MTN, avec intégration directe des données des conducteurs pour limiter les fraudes, détournements et ventes illégales d’identités professionnelles

Formation des présidents nationaux par MTN pour encadrer eux-mêmes le processus d’enrôlement

Autonomisation des syndicats, désormais habilités à enrôler directement leurs membres

Validation centralisée des listes par les présidents nationaux afin de renforcer la fiabilité des données

Accent renforcé sur l’obligation du permis de catégorie A, pierre angulaire de la professionnalisation

Vers une économie plus structurée et plus rentable

Au-delà des enjeux sécuritaires, cette réforme s’inscrit dans une logique économique claire : optimiser un secteur à fort potentiel de revenus, améliorer la gouvernance urbaine et élargir l’assiette fiscale. À terme, l’assainissement du transport par motos pourrait contribuer à une meilleure planification urbaine, à la réduction du désordre dans la circulation et à la création d’un environnement plus attractif pour les investissements.

Une dynamique appelée à s’intensifier

La concertation s’est poursuivie par des échanges ciblés entre les différents présidents de syndicats, signe d’une volonté d’appropriation collective des réformes. Si les défis restent nombreux, les autorités affichent une détermination claire : transformer durablement le secteur des motos-taxis en un levier structuré de croissance urbaine.

Douala amorce ainsi un tournant décisif : celui de la discipline économique appliquée à l’informel.

Afric-eco/Etienne MONTHE

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