Port de Douala : un projet de 40 milliards FCFA pour fluidifier le commerce régional

Le Port Autonome de Douala (PAD) et la Douala Port Railway Investment Company viennent de franchir un cap décisif dans la modernisation des infrastructures logistiques nationales. Le 19 mars dernier, les deux entités ont conclu un accord de concession d’une durée de 25 ans, d’un montant global de 40 milliards de FCFA, destiné à transformer en profondeur le réseau ferroviaire portuaire de Douala-Bonabéri, principal poumon économique du Cameroun et point d’ancrage stratégique du commerce en Afrique centrale.

Paraphé entre le Directeur général du PAD, Cyrus Ngo’o, et le représentant de la DPRIC, Nicolai Rose, cet accord marque l’entrée opérationnelle d’un projet structurant inscrit dans le Schéma directeur de développement 2020-2050. Au-delà d’une simple réhabilitation, il s’agit d’une reconfiguration complète des chaînes logistiques portuaires, visant à renforcer la fluidité des échanges dans le golfe de Guinée.

Un levier financier innovant au service de la performance

Le modèle contractuel retenu, de type Design-Build-Finance-Maintain (DBFM), consacre une montée en puissance des Partenariats Public-Privé (PPP) dans le financement des infrastructures lourdes. Le partenaire privé assurera l’ensemble des investissements, de la conception à la maintenance, avec une rétrocession finale à l’État. Ce mécanisme permet d’éviter une pression immédiate sur les finances publiques tout en garantissant l’introduction de standards technologiques avancés.

Sur le plan budgétaire, l’opération s’annonce rentable pour le PAD, avec un système de redevances progressives indexées sur le chiffre d’affaires. Estimées à plus de 8,5 milliards de FCFA sur la durée de la concession, ces recettes viendront renforcer les capacités d’autofinancement de l’entreprise publique, ouvrant la voie à de nouveaux investissements structurants.

Désengorgement urbain et transition logistique

Dans une métropole confrontée à une saturation chronique du trafic routier, le basculement progressif du transport de marchandises vers le rail constitue un tournant stratégique. En réduisant la dépendance aux camions, le projet contribuera à désengorger les principaux axes de Douala, tout en diminuant significativement les nuisances environnementales et les risques d’accidents.

Sur le plan social, environ 120 emplois directs et 360 indirects sont attendus, avec une priorité accordée à la main-d’œuvre locale. Un programme de formation continue accompagnera ce dispositif afin de doter le pays de compétences ferroviaires adaptées aux standards internationaux.

Un impact sous-régional déterminant

Au-delà des frontières camerounaises, cette modernisation ferroviaire renforce la position de Douala-Bonabéri comme hub logistique de référence pour les pays enclavés de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, notamment le Tchad et la République centrafricaine. L’amélioration des délais d’acheminement et la fiabilisation des flux vers l’hinterland devraient accroître la compétitivité des corridors de transit, dans un contexte de concurrence accrue avec les autres plateformes portuaires du golfe de Guinée.

En optimisant la rotation des marchandises et en sécurisant les chaînes d’approvisionnement, le Cameroun consolide ainsi son rôle de porte d’entrée naturelle vers l’Afrique centrale, tout en attirant davantage d’armateurs et d’investisseurs internationaux.

Vers une nouvelle ère logistique

Ce projet ferroviaire s’impose comme un catalyseur de transformation économique, à l’intersection des enjeux de compétitivité, de durabilité et d’intégration régionale. Plus qu’une infrastructure, il dessine les contours d’un système logistique intégré, capable de soutenir la croissance des échanges et de répondre aux exigences du commerce international.

Alors que les travaux s’annoncent imminents, l’attention se porte désormais sur la rigueur de l’exécution et la gouvernance du projet. Car de leur réussite dépendra la capacité du Cameroun à convertir cette ambition ferroviaire en un avantage compétitif durable pour toute la sous-région.

Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA

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