Budgets des CTD : l’exécution financière, nouveau levier de croissance locale

Dans un contexte de raréfaction des ressources publiques et d’exigence accrue de performance, l’État camerounais renforce l’encadrement de l’exécution budgétaire des Collectivités territoriales décentralisées (CTD). C’est tout l’enjeu de l’atelier national de vulgarisation de la lettre-circulaire relative à l’exécution des budgets des CTD pour l’exercice 2026, présidé à Douala par le gouverneur de la région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, en présence des exécutifs locaux des régions du Littoral et de l’Ouest.

La forte mobilisation des présidents de Conseils régionaux, des maires de Douala, Bafoussam, Nkongsamba et Édéa, ainsi que des responsables administratifs, témoigne de la place stratégique qu’occupent désormais les finances locales dans la dynamique de croissance et de développement territorial.

Le budget local comme outil de stimulation économique

Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur de la région du Littoral a rappelé que la décentralisation financière ne saurait se limiter à un transfert de ressources, mais doit produire des résultats économiques mesurables, notamment en matière d’investissement public et d’emploi.

S’inscrivant dans la vision du chef de l’État, S.E. Paul Biya, il a invité les CTD à orienter leurs budgets vers des projets à fort impact, en particulier les travaux à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (HIMO), capables de stimuler l’économie locale tout en absorbant une part importante de la main-d’œuvre jeune.

« Un budget bien exécuté est un levier direct de croissance locale, de création d’emplois et d’amélioration du pouvoir d’achat des populations », a-t-il souligné.

Maîtrise des procédures : condition de l’efficacité économique

Chef de mission de l’atelier, Mme Sophie Boumsong, chef de division à la Direction générale du Budget, a mis en lumière le lien étroit entre discipline budgétaire et performance économique.

« La vulgarisation de la lettre-circulaire vise à sécuriser l’ensemble de la chaîne budgétaire des CTD : préparation, passation des marchés, exécution et suivi. La décentralisation implique des innovations constantes, qui doivent être maîtrisées pour éviter les contre-performances financières », a-t-elle expliqué.

Selon elle, l’appropriation des procédures permet non seulement de réduire les délais d’exécution, mais aussi d’optimiser l’impact économique des dépenses publiques locales.

Fiscalité locale : renforcer l’autonomie financière des CTD

Un accent particulier a été mis sur la loi portant fiscalité locale, adoptée en décembre 2024. Après une année de mise en œuvre, le bilan révèle des avancées, mais aussi des marges de progression importantes.

« L’objectif est d’améliorer la mobilisation des ressources propres, condition essentielle de l’autonomie financière et de la soutenabilité des investissements locaux », a indiqué Mme Sophie Boumsong.

En 2026, les projections de la Direction générale des Impôts tablent sur 117,8 milliards de FCFA de recettes au profit des CTD à l’échelle nationale, confirmant le rôle croissant de la fiscalité locale dans le financement du développement territorial.

Des ressources mobilisées, une exécution à améliorer

Pour l’exercice 2026, les dotations prévues s’élèvent à 15,4 milliards de FCFA pour les CTD du Littoral et 16 milliards de FCFA pour celles de l’Ouest. Toutefois, les performances passées interpellent : en 2025, le taux de réalisation des ressources transférées BIP dans le Littoral n’a atteint que 58,79 %, selon le Minepat.

Le gouverneur de la région a relevé plusieurs facteurs de contre-performance : faible exécution des budgets d’investissement, insuffisante maîtrise des procédures de contractualisation et persistance de la mise en réserve des crédits, autant d’éléments qui freinent la transformation des ressources publiques en infrastructures et services productifs.

Transformer le budget en moteur de croissance

Les exposés techniques de la DGB, de la DGI, de la DGTCFM et du Minepat, suivis d’échanges nourris avec les élus locaux, ont permis d’apporter des solutions concrètes, à la lumière de la lettre-circulaire n°0001879/LC/Minfi du 31 décembre 2025.

Clôturant les travaux, le gouverneur de la région du Littoral a lancé un appel à la responsabilité économique des exécutifs locaux :

« L’enjeu est clair : mieux mobiliser les recettes propres, accélérer l’exécution des projets et faire du budget local un véritable outil de croissance, au service du développement et de l’emploi ».

Un cap assumé qui place désormais la performance financière des CTD au cœur de la stratégie de développement économique local.

Afric-eco/Etienne MONTHE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *