Cameroun : le grand chantier de la sortie de l’informel
LE PATRONAT ET L’ÉTAT VEULENT TRANSFORMER L’INFORMEL EN MOTEUR DE PRODUCTIVITÉ
À Douala, le gouvernement et le Gecam ont posé les bases d’une nouvelle stratégie d’intégration des unités de production informelles dans le tissu économique formel. Une feuille de route 2027-2030 doit convertir les recommandations en réformes concrètes.
Le Cameroun peut-il transformer son immense économie informelle en gisement de croissance et de compétitivité ? C’est le pari affiché par le gouvernement et le patronat, réunis le 4 novembre au siège du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), à Douala. Sous la conduite du ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, et du président du Gecam, Célestin Tawamba, cette concertation nationale a débouché sur des recommandations destinées à faire évoluer les activités informelles vers un modèle économique plus structuré et productif. Objectif : une feuille de route opérationnelle pour 2027-2030.
L’enjeu dépasse largement la régularisation administrative. Selon les données présentées lors des travaux, le pays compte 3,7 millions d’unités de production informelles, contre moins de 600 000 unités formelles. Près de 97 % des premières ne sont pas inscrites au registre du commerce. Pourtant, ce segment génère plus de 40 % de la richesse nationale et représente 52 % des emplois non agricoles, contre seulement 5,1 % pour le secteur privé formel, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique cités par Célestin Tawamba.
Faire de la formalisation un investissement rentable
Le paradoxe est économique : un secteur qui pèse autant dans la création de richesse reste largement exclu des circuits structurés de financement, de la commande institutionnelle et des gains de productivité. Pour le patron des patrons, les entreprises informelles ne consacrent que 1,3 % de leur valeur ajoutée à l’impôt et 12,6 % seulement de leurs promoteurs envisagent l’immatriculation. « Nous ne demandons pas que l’on aille chercher l’informel. Nous demandons que l’on cesse de le fabriquer », a-t-il martelé.
Derrière cette formule, une conviction : la pression fiscale et administrative ne suffira pas. Il faut rendre l’adhésion au secteur formel économiquement attractive, en facilitant l’accès au crédit, aux marchés et à l’accompagnement entrepreneurial. Une distinction s’impose également entre l’informalité subie, faute d’alternatives économiques, et les pratiques organisées de soustraction aux obligations fiscales.
Le ministre Achille Bassilekin III défend, lui aussi, un changement de paradigme. Il préfère parler de « secteur productif », estimant que la priorité doit être la valorisation des capacités entrepreneuriales. Selon lui, près de 90 % des emplois du pays proviennent de cet univers économique longtemps marginalisé.
Trois leviers pour changer d’échelle
Fiscalité, structuration des filières et financement : ces trois chantiers ont constitué le cœur des ateliers de travail. Les recommandations, présentées en plénière puis consignées dans un communiqué final signé par le ministre et le président du Gecam, devront mobiliser les administrations, les partenaires institutionnels et le patronat.
Le véritable test sera désormais celui de l’exécution. Pour Célestin Tawamba, chaque recommandation devra identifier un responsable, un calendrier et des modalités d’application. Car l’ambition n’est pas simplement de faire entrer des millions d’acteurs dans les fichiers administratifs, mais de bâtir un tissu productif capable de créer davantage de valeur, d’emplois décents et de recettes durables.
La feuille de route 2027-2030 devra ainsi répondre à une équation décisive : faire de la formalisation non plus un coût supplémentaire pour les petits opérateurs, mais un accélérateur de leur développement et de la transformation structurelle de l’économie camerounaise.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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