PAD : Cameroun–France / Douala et Bordeaux consolident leur alliance pour renforcer la compétitivité portuaire de l’Afrique centrale
À l’heure où les ports africains accélèrent leur transformation pour répondre aux nouvelles exigences du commerce mondial, le Port Autonome de Douala (PAD) et le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) ont choisi de renforcer leur partenariat stratégique. Jeudi 9 juillet 2026, le Directeur général du PAD, Cyrus NGO’O, et le Directeur général adjoint du GPMB, Renaud Picard, ont procédé au renouvellement de l’accord-cadre de coopération qui unit les deux institutions depuis le 11 mars 2019.
La signature, organisée au siège du Port Autonome de Douala, s’est déroulée en présence d’une délégation française conduite par Renaud Picard, accompagné de Mathilde Virlois, coordinatrice de l’accord-cadre de coopération entre Bordeaux Métropole, la Ville de Bordeaux et la Communauté urbaine de Douala. Au-delà du caractère protocolaire de la cérémonie, les deux parties ont envoyé un signal clair : inscrire leur coopération dans une logique de montée en gamme des infrastructures portuaires et de renforcement de leur attractivité économique.
Dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement mondiales se recomposent sous l’effet des crises géopolitiques, de la transition énergétique et de la digitalisation des échanges, les ports sont devenus des maillons essentiels de la compétitivité des États. Pour le Cameroun, dont près de 95 % du commerce extérieur transite par voie maritime, la performance du Port de Douala représente un enjeu stratégique dépassant largement les frontières nationales.
Premier port du Cameroun et principal corridor logistique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), Douala assure également une fonction vitale pour les économies enclavées du Tchad et de la République centrafricaine. Chaque amélioration de sa productivité se répercute directement sur les coûts de transport, la fluidité des échanges et la compétitivité des entreprises de toute la sous-région.
C’est dans cette perspective que les deux autorités portuaires ont décidé d’insuffler une nouvelle dynamique à leur partenariat. Le nouvel accord prévoit le renforcement des échanges d’expériences et le développement d’actions communes dans plusieurs domaines jugés prioritaires : la gestion portuaire, le dragage, le développement des échanges commerciaux, les relations entre la ville et le port, le marketing portuaire, la communication institutionnelle ainsi que le renforcement des capacités techniques et managériales des personnels.
Le choix de Bordeaux n’est pas anodin. Fort de son expérience dans la modernisation de ses infrastructures, la gestion durable de son estuaire et l’intégration des activités portuaires dans le développement urbain, le Grand Port Maritime de Bordeaux dispose d’une expertise reconnue sur des problématiques auxquelles Douala est aujourd’hui confronté. La question du dragage, indispensable au maintien de la navigabilité du chenal du Wouri, constitue notamment l’un des enjeux majeurs de la compétitivité du port camerounais.
Pour le Port Autonome de Douala, cette coopération s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation engagée depuis plusieurs années. L’établissement public multiplie les investissements dans la digitalisation des procédures, l’amélioration des infrastructures, la sécurisation des opérations et l’optimisation de la chaîne logistique afin de répondre aux standards internationaux et d’améliorer la qualité des services offerts aux armateurs et aux opérateurs économiques.
Cette montée en puissance intervient dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel. Sur le golfe de Guinée, les plateformes portuaires rivalisent d’investissements pour attirer les grandes lignes maritimes internationales. L’entrée en service du port en eau profonde de Kribi, le développement des installations de Pointe-Noire au Congo ou encore la montée en capacité des ports d’Abidjan et de Lomé redessinent progressivement la carte logistique de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Dans ce contexte, la capacité du Port de Douala à améliorer ses performances opérationnelles devient un facteur déterminant pour préserver son rôle historique de porte d’entrée des marchés d’Afrique centrale.
Au-delà des aspects techniques, le partenariat renouvelé avec Bordeaux répond également aux ambitions économiques du Cameroun dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’intégration commerciale du continent reposera en grande partie sur la qualité des infrastructures de transport et sur la capacité des ports à absorber une croissance attendue des flux intra-africains. En renforçant ses compétences, en modernisant sa gouvernance et en développant de nouveaux standards de performance, le Port Autonome de Douala entend se positionner comme l’un des principaux hubs logistiques de la façade atlantique africaine.
Le renouvellement de cet accord illustre enfin une évolution des partenariats euro-africains, désormais davantage orientés vers le transfert de compétences, l’innovation et la création de valeur partagée que vers une simple coopération institutionnelle. Pour Douala comme pour Bordeaux, l’objectif est désormais de bâtir une relation durable fondée sur l’échange d’expertises, l’excellence opérationnelle et la résilience face aux mutations du commerce maritime international.
À travers cette nouvelle étape, le Port Autonome de Douala confirme sa volonté de transformer ses ambitions portuaires en levier de croissance économique, de renforcer son rôle de plateforme stratégique au service de la compétitivité du Cameroun et de contribuer plus largement à l’intégration économique de l’Afrique centrale. Plus qu’un renouvellement administratif, l’accord signé ce 9 juillet apparaît comme un investissement dans l’avenir logistique et commercial de toute une sous-région.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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