Cameroun : contre la violence scolaire, la bataille commence à la maison
La lutte contre les violences en milieu éducatif se jouera aussi dans les familles.
Réunis à Douala le 21 octobre 2026, pour élaborer une stratégie nationale, les acteurs de la protection de l’enfance appellent à renforcer les compétences parentales, prévenir les traumatismes précoces et faire de la famille un partenaire central de la réussite scolaire.
L’école ne peut pas tout réparer. Avant même le premier jour de classe, l’enfant a déjà été marqué par son environnement familial, les relations entre ses parents et les méthodes d’éducation reçues. C’est le constat défendu par les participants à l’atelier de rédaction du Document de stratégie nationale de lutte contre les violences en milieu éducatif et de formation, engagé sous l’égide du ministère de l’Éducation de base.
« Si les capacités des familles ne sont pas renforcées, cela va impacter l’éducation que les familles donnent aux enfants », avertit Léon Bertrand Enama, président du Cameroon Children Civil Society Organization Network. Pour lui, la future stratégie doit intégrer la parentalité positive, l’accompagnement des parents et des mécanismes de protection couvrant tous les niveaux d’enseignement.
La famille, premier rempart contre la violence. Apprendre à l’enfant à gérer ses émotions, privilégier le dialogue, poser des limites sans humiliation ni châtiments corporels et résoudre les conflits sans agressivité : autant de pratiques qui peuvent prévenir la reproduction des comportements violents à l’école. À l’inverse, les disputes répétées, les violences conjugales, les insultes et le manque de sécurité affective risquent de fragiliser son équilibre et ses relations avec les autres. La responsabilité parentale ne saurait toutefois exonérer les établissements et les institutions de leurs propres obligations de protection.
Eno Marguerite, présidente fondatrice de l’ONG Marguerite Holistic Health Center, insiste sur l’importance des premières années de vie. « Un enfant qui va à l’école à l’âge de 3 ans a déjà une éducation construite depuis sa famille », souligne-t-elle. Elle plaide pour une recherche des causes profondes des comportements violents, plutôt que pour une réponse limitée aux sanctions.
Un enjeu de capital humain
Les conséquences dépassent le cadre familial. Peur, perte de confiance, difficultés d’apprentissage et décrochage peuvent compromettre le parcours scolaire. À long terme, ces ruptures réduisent les chances d’accéder à une formation qualifiante et à un emploi stable. Pour le Cameroun, prévenir la violence revient ainsi à préserver les investissements éducatifs des ménages et de l’État, tout en protégeant le potentiel productif de la jeunesse.
La représentante du ministère de l’Éducation de base appelle, elle aussi, à une mobilisation collective, notamment par la sensibilisation aux violences psychologiques, verbales, physiques et sexuelles, ainsi qu’aux risques liés aux réseaux sociaux.
Soutenue notamment par l’UNICEF et le Partenariat mondial pour l’éducation, la démarche doit déboucher sur une stratégie nationale validée au plus tard le 31 décembre 2026. L’enjeu sera de traduire les orientations en actions concrètes : formation des parents, accompagnement psychosocial, dispositifs d’alerte et coordination entre familles, écoles et services de protection.
Le message est clair : protéger l’école exige aussi d’accompagner les familles. Car investir dans une parentalité bienveillante, c’est contribuer à la réussite scolaire, à la cohésion sociale et à la formation d’un capital humain indispensable au développement économique du pays.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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