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MARCHÉS | FINANCEMENT – CEMAC : le grand défi de la mobilisation des capitaux

À Douala, la Diamond Capital Convention 2026 met le doigt sur le principal paradoxe financier de l’Afrique centrale : une épargne disponible face à des besoins d’investissement qui ne cessent de croître.

Le capital est là. Les projets aussi. Ce qui manque encore, c’est le pont entre les deux. C’est autour de cette équation que s’est ouverte, à Douala, la première Diamond Capital Convention 2026, réunissant pendant trois jours entreprises, investisseurs, banques, régulateurs et pouvoirs publics.

À l’échelle de la CEMAC, le sujet dépasse largement les frontières du marché financier. Il touche à la capacité des économies de la sous-région à financer leur transformation, alors que les besoins explosent dans les infrastructures, l’énergie, l’industrie, le numérique ou encore la transformation locale des matières premières.

Le défi est désormais de convertir davantage l’épargne en capital productif.

Changer de logiciel

Pour Ingrid Obouh-Fegue, directrice générale de Diamond Capital, le marché financier doit se rapprocher davantage des entreprises. Trop souvent perçu comme un univers réservé aux grandes sociétés, il peut pourtant accompagner les entreprises à plusieurs moments décisifs de leur trajectoire : financement d’investissements, croissance, changement d’échelle ou transmission.

Mais la responsabilité est partagée. Les entreprises doivent mieux exprimer leurs besoins et se familiariser avec les instruments disponibles. Les professionnels de la finance, eux, sont appelés à mieux comprendre les contraintes opérationnelles des entrepreneurs pour proposer des solutions réellement adaptées.

Derrière cette volonté de rapprochement se dessine un changement de culture : faire du marché non plus un simple lieu de transaction, mais un outil de financement de la croissance.

L’épargne cherche ses projets

Le constat posé par Jacqueline Adiaba Nkembe, présidente de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale, est celui d’un paradoxe structurel.

D’un côté, des ressources financières sont disponibles dans l’épargne, les caisses de prévoyance sociale ou encore les compagnies d’assurance. De l’autre, les besoins de financement des économies restent considérables.

Entre les deux, un déficit de confiance et de connexion persiste.

La réponse passe, selon elle, par la construction d’une « infrastructure de confiance » : information financière de qualité, règles lisibles, gouvernance robuste et protection effective des investisseurs.

Le régulateur entend également avancer sur plusieurs fronts, notamment la simplification de la documentation des émissions, l’éducation financière et l’élaboration de référentiels adaptés aux réalités du système financier régional.

Le temps du financement long

Représentant le Premier ministre à l’ouverture de la convention, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a replacé le débat dans une perspective plus large : celle du financement des grandes mutations économiques de la CEMAC.

Industrialiser, développer les infrastructures, accélérer la transformation locale, financer la transition énergétique ou soutenir l’économie numérique exigera des ressources importantes et surtout disponibles sur des horizons longs.

Le crédit bancaire reste incontournable. Mais il ne peut, à lui seul, porter l’ensemble de cette équation. D’où l’intérêt stratégique d’un marché des capitaux plus profond, plus diversifié et davantage connecté aux besoins des entreprises.

À Douala, le message est donc clair : l’enjeu n’est plus seulement de trouver de l’argent, mais de mieux organiser sa rencontre avec les projets.

Car pour la CEMAC, la prochaine bataille financière pourrait bien se jouer moins sur le volume de l’épargne disponible que sur sa capacité à devenir investissement, production et croissance.

Afric-eco/Etienne MONTHE
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