Economie

GECAM : Célestin Tawamba met le gouvernement face à l’urgence d’agir

Le patronat camerounais hausse le ton à l’approche du budget 2027. Réuni jeudi à Douala pour sa deuxième Rentrée économique, le GECAM n’a pas seulement dressé l’état des lieux d’une économie sous pression : il a surtout lancé un avertissement. Croissance poussive, investissement public en net recul, fiscalité instable, crise énergétique, routes dégradées, crédit plus cher : pour les entreprises, l’urgence n’est plus de multiplier les plans, mais de les exécuter.

Face à la presse, le président du GECAM, Célestin Tawamba, et la directrice exécutive, Aline Valérie MBONO, ont mis les pouvoirs publics devant leurs responsabilités. Leur message tient en une exigence : faire de 2027 l’année du passage des annonces aux résultats. « Le coût de la non-décision dépasse aujourd’hui celui de l’action », prévient Tawamba.

L’investissement public cristallise cette inquiétude. À fin mars 2026, les dépenses d’investissement atteignaient 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards un an auparavant, soit une baisse de 74,4 %. Le taux d’exécution des crédits d’investissement ne dépassait que 2,2 %.

Pour 2027, Tawamba veut donc voir le budget changer de trajectoire. Sa revendication est sans ambiguïté : « que ce soit la première loi de finances en dix ans dans laquelle les dépenses de fonctionnement progressent moins vite que les dépenses d’investissement. »

« Le coût de l’incertitude »

La fiscalité constitue un autre point de friction. Les objectifs de recettes passent de 3 200 milliards de FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, soit une progression de 12,5 %, alors que la croissance reste autour de 3,5 %. Le Code général des impôts aurait, lui, connu plus de 2 500 modifications depuis 2002.

Face à cette instabilité, Aline Valérie MBONO ne demande pas une nouvelle réforme, mais une respiration pour les entreprises. Elle précise ce que le GECAM entend par « pause fiscale » :

« Il faut véritablement une pause fiscale. Une pause fiscale, il faudrait l’entendre comme ne pas avoir de nouvelles mesures. Parce qu’à chaque fois qu’il y a une nouvelle mesure, il faut comprendre que l’entreprise est obligée de s’adapter. Et le coût de l’incertitude, c’est clairement le manque d’investissement. »

« Une route dégradée est un impôt »

Sur les infrastructures, le patronat ne parle plus seulement de contraintes : il parle de coût économique. Les coûts de transport avaient augmenté de 11,5 % en 2023 puis de 12,3 % en 2024.

Célestin Tawamba résume cette facture invisible en une formule devenue l’une des plus fortes de cette Rentrée économique : « Une route dégradée est un impôt. »

Sur les corridors reliant le Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine, Aline Valérie MBONO décrit une accumulation de difficultés qui pénalise directement les entreprises :

« Nous avons des corridors qui alimentent les deux pays voisins qui sont la Centrafrique et le Tchad, et que les infrastructures ne permettent pas de pouvoir faire ce voyage-là dans les délais qui sont définis par le CONAFER, mais qu’en plus de cela nous avons des contrôles, des tracasseries financières, douanières, des tracasseries policières et douanières qui permettent donc de comptabiliser jusqu’à des fois 90 postes de contrôle sur le corridor Douala-Djamena ou Douala-Bangui. »

« L’entreprise ne vit pas de l’annonce »

La crise énergétique ajoute une pression supplémentaire. Selon le GECAM, 65 % des entreprises utilisent un groupe électrogène, avec un coût de production compris entre 200 et 350 FCFA/kWh, contre 50 à 99 FCFA/kWh pour le tarif industriel.

Mais au-delà des chiffres, c’est l’efficacité des politiques publiques que Tawamba veut désormais placer au centre du débat. Le président du GECAM fixe ainsi une nouvelle règle de mesure :

« L’entreprise ne vit pas de l’annonce d’une réforme. Elle vit de ses effets. »

Le financement constitue lui aussi un sujet d’alerte. Les nouveaux crédits bancaires sont passés de 1 887 milliards à 1 337 milliards de FCFA en un an, tandis que le taux débiteur moyen progressait de 8,26 % à 9,03 %.

« Le potentiel n’est pas en train de disparaître »

Malgré la sévérité du diagnostic, le GECAM ne veut pas céder au découragement. Aline Valérie MBONO préfère regarder ce que le pays peut encore mobiliser pour rebondir :

« Nous, on garde espoir. On garde espoir parce que le potentiel du Cameroun n’est pas en train de disparaître. Nous avons un potentiel énorme, un potentiel humain, un potentiel agriculture, un potentiel minier qui nous permet, si la décision est prise à temps et de manière efficace de rebondir rapidement. »

À travers cette deuxième Rentrée économique, le patronat adresse ainsi un message direct à l’approche de la loi de finances 2027 : investir davantage, stabiliser la fiscalité, améliorer les infrastructures et surtout exécuter les décisions. Pour Célestin Tawamba, le véritable test ne sera plus l’annonce des réformes, mais leur impact réel sur l’entreprise.

Afric-eco/Etienne MONTHE
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