La BEAC prépare un virage stratégique : le yuan chinois bientôt dans les réserves de change de la CEMAC
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ouvre un nouveau chapitre de sa stratégie monétaire. Face à l’intensification des échanges commerciaux avec Pékin, l’institution envisage désormais d’intégrer le yuan chinois dans ses réserves de change, une évolution susceptible de redessiner les flux financiers entre la CEMAC et son premier partenaire commercial.
L’annonce a été faite le 3 juillet par le gouverneur Yvon Sana Bangui, qui voit dans cette orientation un levier pour réduire les coûts des transactions internationales, diversifier les actifs de la banque centrale et renforcer la résilience financière de la sous-région.
Un tournant monétaire aux enjeux géoéconomiques
Si elle se concrétise, cette décision permettra à la BEAC de détenir une partie de ses réserves en yuan, aux côtés de l’euro, du dollar américain et de l’or. Au-delà d’un simple ajustement technique, cette diversification traduit l’évolution des équilibres économiques mondiaux, dans un contexte où la Chine s’impose comme le principal partenaire commercial des six États de la CEMAC.
L’objectif est clair : adapter la gestion des réserves de change aux nouvelles réalités du commerce international.
Réduire les coûts des échanges avec Pékin
Aujourd’hui, les entreprises de la CEMAC qui importent des marchandises chinoises doivent souvent passer par plusieurs conversions monétaires successives — du franc CFA vers l’euro, puis vers le dollar américain, avant d’obtenir du yuan. Ce mécanisme alourdit les coûts de transaction et accroît l’exposition aux fluctuations des devises intermédiaires.
En intégrant directement le yuan dans ses réserves, la BEAC entend simplifier ces opérations, réduire les frais de change, accélérer les paiements internationaux et améliorer la fluidité des échanges commerciaux avec la Chine.
Pour les opérateurs économiques de la sous-région, cette évolution pourrait se traduire par des gains de compétitivité et une baisse des coûts liés aux importations.
Des réserves sous pression
Cette réflexion intervient alors que les réserves de change de la banque centrale connaissent une légère érosion. Selon le rapport de politique monétaire publié début juillet, elles s’élevaient à 7 248 milliards de FCFA à fin avril 2026, soit un recul annuel de 1,6 %.
La BEAC attribue cette baisse à plusieurs facteurs : la hausse des importations de biens d’équipement, des produits énergétiques et alimentaires, ainsi que le poids croissant du service de la dette extérieure des États et des entreprises de la CEMAC.
Dans ce contexte, la diversification des actifs apparaît également comme un instrument de gestion des risques financiers.
Huawei s’invite dans les discussions
Le projet a été abordé lors d’une rencontre entre les dirigeants de la BEAC et une délégation du groupe chinois Huawei, conduite par Fernando Liu, président de la division Huawei Digital Finance dédiée aux banques centrales.
Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers stratégiques : la modernisation des infrastructures technologiques de la banque centrale, la traçabilité des flux financiers entre la CEMAC et la Chine, ainsi que le développement de solutions numériques adaptées aux institutions monétaires.
Cette coopération pourrait accompagner la transformation technologique de la BEAC dans un environnement financier de plus en plus digitalisé.
Aucune décision arrêtée, mais le dialogue s’intensifie
À ce stade, aucun calendrier officiel ni modalité opérationnelle n’ont été annoncés. Le gouverneur Yvon Sana Bangui prévoit toutefois une visite prochaine auprès de son homologue de la Banque populaire de Chine afin d’approfondir les discussions et d’évaluer les conditions d’une coopération institutionnelle.
Si elle aboutit, l’intégration du yuan dans les réserves de la BEAC constituerait l’une des évolutions monétaires les plus significatives de ces dernières années en Afrique centrale. Au-delà de la réduction des coûts de transaction, elle illustrerait la montée en puissance du yuan dans les échanges internationaux et l’adaptation progressive des banques centrales africaines aux nouveaux rapports de force de l’économie mondiale.
Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
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