Economie

Comptabilité, gouvernance et souveraineté économique : l’ONECCA accélère sa mue stratégique

Dans une région CEMAC en quête de discipline budgétaire, de transparence financière et d’intégration économique plus efficace, l’Ordre National des Experts Comptables du Cameroun (ONECCA) s’impose progressivement comme un acteur institutionnel de premier plan. Réunie en Assemblée générale ordinaire à Douala, la profession affiche une trajectoire claire : passer du statut d’ordre professionnel à celui de levier stratégique de transformation économique.

Une profession qui structure son pouvoir d’influence

Sous la présidence de Dobill Marcel, l’Assemblée générale a validé un état des lieux marqué par une montée en puissance institutionnelle et organisationnelle.

Le rapport moral présenté par le président de l’Ordre, David Fotso, met en avant une dynamique de consolidation interne, avec un accent particulier sur la gouvernance, la formation et la représentation des compétences.

Parmi les signaux forts :

la structuration officielle d’une association des femmes experts-comptables, dirigée par Simo Mamo Claudine ;

la mise en place d’un centre de formation professionnelle agréé, adossé aux standards publics nationaux ;

l’avancée des discussions sur un diplôme national d’expertise comptable, enjeu central de souveraineté académique.

Formation : le pari d’une industrie nationale du savoir comptable

L’agrément du centre de formation par le ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP) constitue un pivot stratégique.

Au-delà de la simple reconnaissance administrative, l’ONECCA entend structurer une véritable filière de production de compétences, alignée sur les standards internationaux (IFAC, ACCA, ICAN).

Cette orientation traduit une ambition économique plus large : faire émerger un marché local de la certification et de la formation continue, capable de réduire la dépendance aux organismes étrangers et de renforcer la compétitivité régionale des professionnels camerounais.

Le bras de fer feutré du diplôme national

Le chantier du diplôme national d’expertise comptable cristallise les enjeux les plus sensibles. L’Ordre multiplie les échanges avec le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP), dans une logique de co-construction des référentiels de certification.

Selon David Fotso, cette phase est déterminante pour l’avenir de la profession : elle conditionne la reconnaissance académique, mais aussi l’harmonisation avec les dispositifs régionaux, notamment l’examen CEMAC.

Derrière ce dossier technique, se joue en réalité un enjeu de souveraineté professionnelle et de contrôle des standards de qualification dans l’espace sous-régional.

L’État en soutien stratégique : une profession au cœur de la réforme publique

La tutelle gouvernementale, représentée par Sanda, a rappelé le rôle central de la profession dans la modernisation de l’économie camerounaise.

Dans un contexte de digitalisation des procédures fiscales et de renforcement de la gouvernance publique, les experts-comptables sont désormais considérés comme des acteurs clés de la chaîne de confiance financière.

Le message est clair : l’État attend de l’ONECCA une implication accrue dans la sécurisation des comptes publics, la conformité des entreprises et la mobilisation des ressources internes.

Nouvelles élites économiques et circulation des compétences

Au-delà des réformes structurelles, l’Assemblée générale a également mis en lumière une évolution socioprofessionnelle notable : l’intégration croissante des experts-comptables dans les hautes fonctions de gouvernance économique.

La nomination de Achille Gwet à la tête de la Douala Port Power Corporation SA (Douala Port Power Corporation SA) illustre cette montée en responsabilité des profils issus de la profession.

Dans le même registre, Pamela Kooh incarne une nouvelle génération de praticiens reconnus pour leur expertise et leur contribution à la modernisation des pratiques comptables.

Vers une architecture régionale de la confiance financière

Au final, les réformes engagées par l’ONECCA dépassent le cadre corporatiste. Elles s’inscrivent dans une recomposition plus large de l’économie de la confiance en Afrique centrale.

Entre formation, certification, régulation et intégration régionale, la profession comptable camerounaise tente de se positionner comme un pilier de stabilité économique dans un environnement marqué par les exigences accrues des bailleurs, des investisseurs et des États.

Une mutation silencieuse, mais structurante et potentiellement décisive pour l’avenir de la gouvernance financière en zone CEMAC.

Afric-eco/Etienne MONTHE

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