Filière maïs : le Cameroun déclare la riposte économique face à la flambée des importations
Le gouvernement camerounais serre la vis sur les importations de maïs. Face à la colère montante des producteurs locaux et à l’effondrement des débouchés nationaux, Luc Magloire Mbarga Atangana veut désormais imposer des mesures de sauvegarde pour protéger la filière céréalière nationale.
Dans une correspondance adressée au ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, le patron du Commerce propose la suspension immédiate des permis d’importation de maïs, ainsi que le gel des autorisations déjà accordées aux opérateurs économiques. Une décision qui intervient après une réunion stratégique présidée par le Premier ministre le 7 mai 2026 autour de la pression croissante exercée par les importations sur le marché local.
Le paradoxe d’un pays agricole devenu dépendant
Cette sortie gouvernementale révèle un malaise profond : malgré les vastes terres cultivables et les multiples programmes publics d’appui à l’agriculture, le Cameroun dépend de plus en plus du maïs étranger pour alimenter ses industries agroalimentaires et ses fabricants d’aliments pour bétail.
Les chiffres traduisent cette dépendance inquiétante. Entre 2023 et 2025, les importations de maïs ont pratiquement doublé. En 2024, elles ont franchi le cap des 81 000 tonnes, pour une facture dépassant 11 milliards de FCFA. Même en 2025, malgré un léger recul, les achats extérieurs restent massifs avec plus de 72 000 tonnes importées.
Une tendance qui fragilise directement les producteurs locaux, confrontés à des stocks invendus alors même que les autorités multiplient les appels à consommer camerounais.
Des coûts de production qui plombent la compétitivité
Le principal handicap du maïs camerounais reste son coût. Sur les marchés internationaux, la tonne importée se négocie parfois autour de 131 000 FCFA, tandis que le produit local peut grimper jusqu’à 255 000 FCFA selon les régions et les saisons.
Cette différence s’explique par les faibles rendements agricoles. Avec seulement 1,8 tonne produite à l’hectare, le Cameroun affiche une productivité largement inférieure aux standards mondiaux. À titre comparatif, Afrique du Sud atteint plus de 6 tonnes à l’hectare grâce à une agriculture mécanisée et fortement structurée.
À cela s’ajoutent des coûts élevés liés à l’accès limité aux semences améliorées, aux engrais, au financement agricole et aux infrastructures de stockage.
Une décision aux répercussions sous-régionales
La volonté de Yaoundé de réduire les importations pourrait avoir des effets bien au-delà des frontières camerounaises. Le Cameroun étant un important marché de consommation en Afrique centrale, une restriction des achats extérieurs pourrait redistribuer les flux commerciaux dans la sous-région, notamment vers le Tchad, la République centrafricaine ou le Congo.
Mais plusieurs analystes mettent déjà en garde contre le risque d’une hausse des prix sur le marché local si la production nationale ne parvient pas rapidement à combler le déficit d’approvisionnement des industriels.
Pour le gouvernement camerounais, l’équation devient donc stratégique : protéger les producteurs sans désorganiser les chaînes agro-industrielles dépendantes du maïs importé.
Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA
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