Coffee Time : le financement des PME passé au crible des experts

La 5ᵉ édition du Coffee Time, symposium national dédié au financement des entreprises, s’est ouverte sur une note sans détour. Experts bancaires, chefs d’entreprises et décideurs publics ont convergé vers un constat partagé : au Cameroun, l’accès des PME au financement reste entravé par des pesanteurs structurelles qui freinent leur essor et, par ricochet, la dynamique économique nationale.

Des freins persistants au cœur du débat

Au centre des échanges du Panel 1, consacré aux défis structurels du financement des PME, plusieurs obstacles majeurs ont été identifiés : faible niveau de formalisation, insuffisance de garanties, coûts élevés du crédit, mais aussi déficit de culture entrepreneuriale.

Banquier et panéliste, Mme Gisèle a pointé du doigt une lacune fondamentale : « Au Cameroun, on ne forme pas suffisamment à l’entrepreneuriat ». Pour elle, l’engagement entrepreneurial ne doit pas relever d’un effet de mode ou d’un défi personnel, mais d’une véritable passion adossée à des compétences solides. « Se lancer sans maîtrise de son domaine conduit souvent à des prestations approximatives et fragilise la crédibilité des entreprises face aux institutions financières », a-t-elle averti.

Le facteur temps, talon d’Achille du financement

Autre point critique soulevé : la lenteur des procédures bancaires. Directeur général de FAKEMA Groupe, Ndoukoue Mama a dénoncé des délais de traitement incompatibles avec la réalité des affaires. « Une entreprise sollicite un financement pour saisir une opportunité immédiate. Mais lorsque la banque met six mois à débloquer les fonds, cette opportunité a déjà disparu », a-t-il déploré.

Selon lui, cette inadéquation temporelle peut paradoxalement conduire les entreprises à l’échec, les poussant à redéployer des financements devenus inadaptés, simplement pour honorer leurs engagements vis-à-vis des banques.

Structuration et crédibilité : des préalables incontournables

Du côté des établissements financiers, le diagnostic insiste sur la nécessité d’une meilleure organisation interne des PME. Banquier, Ngongang Touomi Danny Dior souligne trois exigences majeures : la structuration de l’entreprise, la compréhension de son activité et la continuité des opérations. « Ce n’est pas tant la garantie qui pose problème, mais la capacité de l’entreprise à durer et à honorer ses engagements, même en l’absence du promoteur », a-t-il expliqué.

Dans la même veine, Steve Bime, expert-consultant en banque et promoteur de l’événement, appelle à une approche graduée du financement. « Les besoins diffèrent selon le stade de vie de l’entreprise. Une PME en démarrage ne peut prétendre aux mêmes financements qu’une entreprise mature », a-t-il précisé, insistant sur l’importance d’un accompagnement technique préalable et d’une bonne compréhension des projets présentés aux banques.

L’État et les banques interpellés

Au-delà du diagnostic, les travaux du symposium ont également exploré les pistes de solution. Le Panel 2 a mis en lumière le rôle crucial de l’État, notamment à travers les subventions, les incitations fiscales et les dispositifs d’accompagnement, tandis que le Panel 3 a interrogé la capacité des banques à adapter leurs modèles aux réalités spécifiques des PME.

En toile de fond, une question centrale : comment bâtir un écosystème de financement plus inclusif, capable de soutenir efficacement un tissu entrepreneurial qui représente plus de 90 % de l’économie camerounaise ?

Des outils pratiques pour inverser la tendance

En marge des panels, les Masters Class Coffee Time proposent des ateliers pratiques destinés à renforcer les capacités des entrepreneurs. Parmi les thématiques abordées : la constitution d’un dossier bancaire solide, l’élaboration d’un business plan crédible et l’accès aux financements publics.

Vers un nouveau paradigme ?

À l’issue des échanges, un consensus se dégage : sans une transformation en profondeur des pratiques – tant du côté des PME que des institutions financières – le potentiel du secteur privé camerounais restera sous-exploité.

Les conclusions de ce symposium pourraient ainsi nourrir les réflexions en cours sur les politiques publiques, avec un objectif clair : faire du financement des PME un véritable levier de croissance durable et inclusive.

Afric-eco/Etienne MONTHE

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