BEAC : 2 100 milliards de FCFA mobilisés, la CEMAC accélère son virage monétaire et numérique
Marché monétaire. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) monte au front pour desserrer l’étau sur la liquidité bancaire. En moins de trois semaines, la banque centrale a mis en adjudication 1 300 milliards de FCFA, avant de lancer un nouvel appel d’offres de 800 milliards le 25 août. Soit un potentiel de 2 100 milliards de FCFA injectés ou proposés au système bancaire de la CEMAC. Une offensive qui dit beaucoup de la pression exercée actuellement sur le marché monétaire régional.
Le mouvement a commencé le 11 août, avec 600 milliards de FCFA, puis s’est poursuivi le 18 août avec 700 milliards. Le 25 août, la BEAC a remis sur la table 800 milliards, portant à un niveau inédit la puissance de feu mobilisée pour alimenter les banques. Les résultats des opérations des 11 et 18 août confirment surtout un point : la demande de refinancement reste robuste.
Le paradoxe d’une politique monétaire encore ferme
La banque centrale n’a pourtant pas ouvert les vannes en abaissant son principal taux. Depuis la décision du Comité de politique monétaire du 29 juin, le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) reste fixé à 4,50 %. La facilité de prêt marginal est à 5,75 %, tandis que la facilité de dépôt demeure à 0 %. Autrement dit, la BEAC injecte massivement sans basculer dans une véritable politique de taux accommodante.
Le signal est clair : il s’agit moins de stimuler indistinctement le crédit que de prévenir un assèchement de la liquidité bancaire susceptible de renchérir le financement de l’économie. Car la tension reste visible sur le marché interbancaire. Le taux interbancaire à sept jours a atteint 6,48 %, soit près de deux points au-dessus du TIAO et même au-dessus du taux de la facilité de prêt marginal. Une anomalie révélatrice de la prime que les banques sont prêtes à payer pour sécuriser leurs ressources.
Derrière cette tension se joue une équation plus large : préserver la stabilité financière tout en évitant que le coût de la liquidité ne se transmette aux entreprises, aux États et, in fine, aux investissements privés.
Deuxième front : faire circuler le franc CFA
Cette bataille de la liquidité se double d’une autre offensive, cette fois sur les infrastructures de paiement. En juillet, la BEAC a officialisé son adhésion au PAPSS, le Système panafricain de paiement et de règlement développé par Afreximbank.
L’enjeu est stratégique pour la CEMAC. Le PAPSS permet aux banques et opérateurs connectés d’effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies locales, avec un règlement plus rapide et une moindre dépendance aux devises fortes et aux circuits de correspondance bancaire. Le système compte déjà plus de 160 banques participantes et vise à fluidifier le commerce intra-africain.
Pour les entreprises camerounaises, gabonaises, congolaises ou tchadiennes commerçant avec d’autres marchés africains, le bénéfice potentiel est considérable : moins d’intermédiaires, moins de délais et moins de coûts de conversion. Afreximbank estime que les frictions liées aux paiements transfrontaliers constituent encore un goulet d’étranglement majeur pour le commerce africain.
La BEAC joue donc sur deux tableaux : elle injecte des francs CFA pour fluidifier la circulation de la liquidité à l’intérieur de la CEMAC et rejoint le PAPSS pour faciliter leur circulation au-delà de ses frontières. Une double manœuvre qui pourrait, à terme, renforcer l’intégration financière régionale, à condition que la pression sur le marché monétaire se détende réellement.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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