Economie

Marchés financiers : ADC accélère vers la BVMAC et pourrait ouvrir la voie aux privatisations en Afrique centrale

Le mouvement pourrait marquer un tournant pour les marchés financiers d’Afrique centrale. Aéroports du Cameroun (ADC S.A.), l’opérateur des sept principales plateformes aéroportuaires camerounaises, se rapproche d’une entrée historique à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), avec l’ambition affichée d’intégrer le prestigieux compartiment Premium de la place financière régionale.

Réuni le 24 juin à Kribi, un atelier a rassemblé administrateurs d’ADC, dirigeants de la BVMAC, intermédiaires financiers et cabinets conseils afin d’évaluer l’état d’avancement du projet d’introduction en bourse. Verdict : l’opération avance conformément au calendrier fixé et entre désormais dans sa phase décisive.

Si le processus aboutit, ADC pourrait devenir la première entreprise publique camerounaise candidate à franchir le pas de la cotation, devançant ainsi plusieurs sociétés d’État également engagées dans des projets d’ouverture de capital.

Une opération test pour le marché financier régional

Au-delà du cas camerounais, l’introduction d’ADC constituerait un test grandeur nature pour la capacité de la BVMAC à attirer des actifs stratégiques de grande taille et à renforcer la profondeur de son marché.

Avec seulement quelques entreprises cotées et des volumes d’échanges encore modestes, la bourse régionale souffre d’un déficit chronique de liquidité. L’arrivée d’un opérateur d’infrastructures disposant d’actifs tangibles, de revenus récurrents et d’une position quasi monopolistique pourrait modifier la perception des investisseurs institutionnels de la sous-région.

Pour la place financière de Douala, il s’agirait également d’un signal politique fort : celui d’une volonté renouvelée des États de la CEMAC de mobiliser l’épargne régionale pour financer leurs infrastructures plutôt que de dépendre exclusivement des financements concessionnels ou de la dette extérieure.

Le compartiment Premium dans le viseur

À l’issue des travaux de Kribi, la direction générale de la BVMAC a estimé qu’ADC répondait aux critères d’admission au compartiment Premium, réservé aux entreprises affichant les standards les plus élevés en matière de gouvernance, de transparence financière et d’organisation interne.

Depuis plusieurs mois, l’entreprise multiplie les ajustements afin de satisfaire aux exigences réglementaires de la COSUMAF et de la BVMAC : diagnostic de conformité, renforcement des dispositifs juridiques et financiers, adaptation de la gouvernance et préparation du prospectus d’introduction.

L’objectif est clair : présenter aux investisseurs un profil conforme aux meilleures pratiques des marchés émergents africains.

La question clé : la valorisation

Le prochain défi sera celui du prix.

L’ouverture d’une partie du capital au public et aux investisseurs institutionnels nécessitera un exercice délicat de valorisation. Dans un environnement boursier caractérisé par une faible liquidité et un nombre limité d’investisseurs particuliers actifs, un prix jugé excessif pourrait freiner la demande, tandis qu’une valorisation trop prudente réduirait les ressources mobilisées par l’opération.

Le succès de l’offre dépendra donc largement de l’équilibre trouvé entre attractivité financière et préservation des intérêts de l’État actionnaire.

Un précédent pour les entreprises publiques de la CEMAC

L’introduction d’ADC pourrait surtout créer un précédent majeur dans la sous-région.

Depuis plusieurs années, les autorités économiques de la CEMAC encouragent l’ouverture partielle du capital des entreprises publiques afin de dynamiser les marchés financiers régionaux. Jusqu’à présent, peu d’opérations ont franchi le cap des intentions.

Une réussite d’ADC pourrait ainsi accélérer les projets similaires au Cameroun, mais également au Gabon, au Congo ou au Tchad, où plusieurs entreprises stratégiques sont régulièrement citées parmi les candidates potentielles à une cotation régionale.

Pour la BVMAC, l’enjeu dépasse donc largement l’arrivée d’un nouvel émetteur : il s’agit de démontrer que la bourse régionale peut devenir un véritable outil de financement des infrastructures et de transformation économique en Afrique centrale.

Un acteur stratégique du transport aérien camerounais

Créée en décembre 1993 dans le cadre du partenariat entre l’État du Cameroun et Aéroports de Paris, ADC assure depuis octobre 1994 la gestion, l’exploitation et le développement des principales infrastructures aéroportuaires du pays.

L’entreprise administre aujourd’hui les aéroports de Douala, Yaoundé-Nsimalen, Garoua, Maroua-Salak, Ngaoundéré, Bamenda et Bertoua, concentrant l’essentiel du trafic aérien national et international du Cameroun.

Son arrivée sur le marché financier régional représenterait ainsi bien plus qu’une simple opération boursière : elle symboliserait l’entrée progressive des infrastructures stratégiques d’Afrique centrale dans une nouvelle ère de financement par le marché.

Une évolution qui pourrait redessiner durablement les rapports entre États, investisseurs privés et développement des infrastructures dans l’espace CEMAC.

Afric-eco/Etienne MONTHE
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