CEMACEconomie

Microfinance en CEMAC : la COBAC serre la vis sur la liquidité d’un secteur devenu stratégique pour le financement régional

Portée par une rentabilité en forte progression et un rôle croissant dans le financement des ménages et des PME, l’industrie régionale de la microfinance entre dans une nouvelle phase de sa transformation. La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) prépare de nouvelles règles prudentielles sur la gestion de la liquidité, destinées à sécuriser un secteur devenu stratégique pour les économies de la CEMAC.

Le timing n’a rien d’anodin.

En 2024, les établissements de microfinance de la sous-région ont dégagé un bénéfice net cumulé de 22 milliards de FCFA, soit près de 38 millions de dollars, confirmant le retour en grâce d’un secteur longtemps fragilisé par des faillites, des crises de gouvernance et des insuffisances de supervision.

Le Congo prend la tête, le Cameroun domine le marché

Deux pays captent désormais près de 80 % des profits régionaux.

Avec un bénéfice net de 13,2 milliards de FCFA, en hausse de 32 %, le Congo s’impose comme le marché le plus rentable de la sous-région. Une performance qui traduit la montée en puissance des acteurs locaux et la consolidation progressive du secteur.

Le Cameroun, de son côté, affiche la croissance la plus spectaculaire. Les établissements camerounais ont enregistré 5,24 milliards de FCFA de bénéfices, soit une progression annuelle de 54,5 %.

Mais la véritable puissance de Yaoundé se mesure surtout à son poids institutionnel : le pays abrite 384 des 521 établissements agréés de la CEMAC, soit près de 74 % du réseau régional.

Autrement dit, près de trois institutions de microfinance sur quatre opérant en Afrique centrale sont camerounaises.

Derrière les profits, les risques persistent

Cette embellie financière ne dissipe pas toutes les inquiétudes du superviseur bancaire.

Défaillances de gouvernance, faiblesses du contrôle interne, insuffisances des mécanismes de conformité ou encore gestion approximative des risques continuent d’alimenter les préoccupations des autorités monétaires.

Dans le prolongement des réformes engagées depuis 2015, la COBAC entend désormais relever les exigences en matière d’audit, de contrôle interne et de gestion des risques.

La future réglementation sur la liquidité répond à une préoccupation simple : empêcher qu’une crise de trésorerie au sein d’un établissement ne se transforme en crise de confiance pour l’ensemble du secteur.

Un secteur devenu incontournable pour l’économie régionale

L’époque où la microfinance se limitait au financement du petit commerce et des activités informelles semble révolue.

Dans plusieurs pays de la CEMAC, les établissements de microfinance constituent aujourd’hui le principal point d’accès aux services financiers pour des millions de particuliers, de commerçants et de petites entreprises exclus du système bancaire traditionnel.

Le secteur est progressivement devenu un maillon essentiel de l’inclusion financière et du financement des économies locales.

Sa solidité n’est donc plus seulement une question sectorielle : elle est devenue un enjeu macroéconomique régional.

Huit autres chantiers réglementaires ouverts

La réforme de la liquidité n’est qu’un volet d’un chantier beaucoup plus vaste.

La profession bancaire et financière de la CEMAC a également été consultée sur huit autres projets réglementaires portant notamment sur les services de paiement, le service bancaire minimum garanti, le traitement des impayés de crédit, la supervision des établissements de première catégorie, l’encadrement des caisses de dépôts et consignations ainsi que la gestion des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.

L’objectif affiché par la COBAC est clair : construire un cadre réglementaire plus robuste avant le prochain cycle d’expansion du secteur financier régional.

Car en Afrique centrale, la question n’est plus de savoir si la microfinance est devenue systémique.

Afric-eco/Etienne MONTHE
Contact média : WhatsApp +(237)674147514
Mail : africeco@yahoo.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *