Hydrocarbures : le Cameroun ouvre une nouvelle offensive pétrolière pour sécuriser ses revenus énergétiques
Le Cameroun relance sa machine pétrolière. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a officialisé l’attribution de cinq blocs d’exploration à Murphy Oil Corporation et Octavia Energy Corporation, marquant une nouvelle phase de reconquête énergétique destinée à ralentir l’érosion de la production nationale et à renforcer les recettes publiques issues des hydrocarbures.
Cette décision intervient à l’issue du licensing round lancé en août 2025 par la SNH pour redynamiser l’amont pétrolier camerounais, dans un contexte mondial où les investissements dans l’exploration deviennent de plus en plus sélectifs.
Selon les résultats rendus publics par l’entreprise publique, Murphy Oil, via sa filiale Murphy West Africa Ltd, obtient quatre permis dans le bassin stratégique Douala/Kribi-Campo : Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem. De son côté, Octavia Energy décroche le bloc Bolongo Exploration dans le bassin du Rio del Rey, l’une des principales zones historiques de production du pays.
Yaoundé veut enrayer le déclin pétrolier
À travers cette opération, les autorités camerounaises cherchent avant tout à contenir le recul progressif des champs matures qui pèse sur les capacités de production nationales. Depuis plusieurs années, la production camerounaise oscille autour de 60 000 barils par jour, un niveau modeste comparé aux grands producteurs africains, mais crucial pour les finances publiques et les réserves en devises.
Pour l’État, la relance de l’exploration devient une priorité stratégique afin d’éviter une contraction durable des revenus énergétiques, dans une économie encore fortement dépendante des exportations de matières premières.
L’enjeu est également budgétaire. Les hydrocarbures demeurent un pilier du financement public et de l’équilibre de la balance commerciale. Toute baisse prolongée de la production pourrait accentuer les tensions sur les recettes fiscales, les réserves de change et les investissements publics.
Des investisseurs appelés à porter le risque financier
Le modèle retenu repose sur des contrats de partage de production (CPP), un dispositif qui permet au Cameroun de conserver la propriété des ressources tout en transférant les risques d’exploration aux opérateurs privés.
Dans ce schéma, les compagnies pétrolières financent les campagnes sismiques et les forages à leurs propres frais. Si aucune découverte exploitable n’est réalisée, elles absorbent les pertes. En cas de succès, la production future sera répartie entre l’État et les investisseurs selon des modalités contractuelles négociées avec la SNH.
Cette formule permet à Yaoundé d’attirer des capitaux internationaux sans mobiliser directement des ressources publiques importantes dans une phase à forte incertitude géologique.
Une attractivité encore sous pression
Malgré cette relance, le résultat de l’appel d’offres révèle aussi la prudence persistante des investisseurs internationaux. Sur les neuf blocs proposés, seuls cinq ont été attribués, laissant plusieurs permis sans opérateurs, notamment Bakassi, Ndian River, Bomono et Nkombe-Nsepe.
Ce constat illustre les nouvelles réalités du secteur pétrolier mondial, où les compagnies privilégient désormais les actifs offrant une forte rentabilité, une stabilité réglementaire et une visibilité géologique suffisante.
Pour le Cameroun, l’arrivée de Murphy Oil constitue néanmoins un signal encourageant. Les autorités espèrent désormais transformer cette phase d’attribution en investissements concrets capables de relancer durablement l’exploration offshore et de repositionner le pays dans la compétition énergétique du Golfe de Guinée.
Au-delà des permis attribués, Yaoundé joue désormais une bataille économique majeure : renouveler ses réserves, préserver ses recettes pétrolières et maintenir son attractivité face à une concurrence régionale de plus en plus agressive sur le marché des hydrocarbures.
Afric-eco/Etienne MONTHE
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