Télécoms : le régulateur serre la vis, des milliards en jeu pour la qualité de service
À Yaoundé, la pression monte d’un cran sur les opérateurs télécoms. L’Agence de régulation des télécommunications (ART) a engagé, en début de semaine, une série de concertations stratégiques avec MTN Cameroun, Orange Cameroun et IHS Cameroun, dans un contexte de dégradation persistante de la qualité de service.
Au cœur des échanges : l’audit des investissements annoncés en 2025, leur niveau réel d’exécution et les projections financières pour 2026. Le régulateur exige une accélération tangible des déploiements, notamment sur les corridors routiers stratégiques, considérés comme des leviers de compétitivité économique et d’intégration territoriale.
Selon l’ART, la réunion du 13 avril avec MTN a permis de mettre en lumière des avancées techniques, notamment en matière de capacité data, de qualité des appels et de résilience réseau. L’opérateur a présenté un plan correctif incluant la modernisation énergétique et l’optimisation des data centers. Surtout, MTN s’appuie sur un programme d’investissement massif de 300 millions de dollars (environ 180 milliards FCFA) sur la période 2025–2027, destiné à soutenir la transition numérique du pays.
Pour 2026, le cap est clair : extension du réseau, amélioration de la fiabilité et déploiement de technologies avancées comme l’IMS-VoLTE, prélude à la 5G. Mais pour le régulateur, l’urgence est ailleurs : intensifier les investissements dans la 4G, alors que les infrastructures 2G et 3G montrent des signes d’obsolescence, freinant la productivité numérique.
Du côté d’IHS Cameroun, un investissement de 9,3 milliards FCFA en 2025 a été annoncé pour renforcer les infrastructures passives. L’entreprise prévoit de poursuivre en 2026 avec un double objectif : sécuriser l’alimentation énergétique des sites et améliorer la durabilité des réseaux, deux facteurs clés pour réduire les coûts d’exploitation et stabiliser la connectivité.
Cette offensive réglementaire intervient alors que les plaintes des consommateurs se multiplient : appels interrompus, mauvaise qualité vocale, internet instable. Des dysfonctionnements qui affectent aussi bien Douala que les zones septentrionales, avec des impacts directs sur les activités économiques, notamment le commerce digital et les services financiers mobiles.
Depuis 2022, l’ART a durci le ton : inspections techniques, engagements d’investissements contraignants et sanctions financières. En juillet 2025, une amende globale de 2,6 milliards FCFA a été infligée aux opérateurs, traduisant une volonté claire de restaurer la qualité de service comme pilier de la croissance numérique.
En filigrane, un enjeu majeur : faire des télécoms un moteur de performance économique, dans un pays où la connectivité conditionne désormais la compétitivité des entreprises et l’inclusion digitale des populations.
Afric-eco/Yvan Treddy TEMSONA


