CAPRO_TNS / Cacao & Nature : l’équation d’un développement durable au cœur du Tri-National de la Sangha
La capitale économique du Cameroun a servi, du mardi 3 au mercredi 4 mars 2026, de cadre au séminaire scientifique du projet CAPRO_TNS, une initiative stratégique visant à concilier performance économique de la filière cacao et préservation des écosystèmes forestiers du Tri-National de la Sangha (TNS).

Porté par la Fondation pour le Tri-National de la Sangha (FTNS), le projet CAPRO_TNS s’inscrit dans le cadre du Programme de recherche appliquée en écologie et sciences sociales des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (RESSAC), mis en œuvre par le CIFOR-ICRAF et financé par l’Union européenne pour la période 2022-2025.
Un projet au croisement de l’économie et de la conservation
Intitulé « La problématique de l’économie cacaoyère à l’interface des aires protégées dans le TNS », le projet CAPRO_TNS (décembre 2023 – décembre 2025) ambitionne de dresser un état des lieux précis de l’économie cacaoyère autour des zones protégées et d’identifier les leviers d’une cacaoculture durable compatible avec la conservation de la biodiversité.

Dans cette mosaïque forestière transfrontalière qui couvre le Cameroun, le Congo et la Centrafrique, le cacao demeure la principale source de revenus agricoles des ménages ruraux. Mais cette manne économique s’accompagne d’un coût écologique préoccupant.
« Il y a des données chiffrées qui montrent que la culture du cacao affecte significativement la couverture forestière. Si le cacao est cultivé après ouverture complète de la forêt, on parle jusqu’à 48 000 hectares qui peuvent être perdus au niveau du TNS », souligne Marie Louise Avana Tchientcheu, coordinatrice adjointe du CIFOR-ICRAF au Cameroun.
48 000 hectares en jeu : l’urgence d’un nouveau modèle
L’extension croissante d’une cacaoculture non durable entraîne déforestation et dégradation des forêts, sans amélioration substantielle des conditions socio-économiques des producteurs. Le paradoxe est frappant : la forêt disparaît, mais la pauvreté persiste.
Pour les experts réunis à Douala, l’enjeu n’est pas de freiner la production cacaoyère, pilier de l’économie agricole régionale, mais d’en transformer les pratiques. Le projet mobilise un consortium scientifique composé notamment du CST, de l’UMANS, du CEREG et du CEW. Un postdoctorant et six étudiants de master conduisent les travaux de recherche appliquée afin de produire des données analytiques fiables sur la structure et le fonctionnement de l’économie cacaoyère dans le TNS.
L’agroforesterie, alternative économiquement viable
Le CIFOR-ICRAF se positionne comme force de proposition en promouvant des systèmes agroforestiers capables de maintenir un couvert végétal dense, proche de celui de la forêt naturelle.
« Les résultats préliminaires montrent que la séquestration du carbone dans les systèmes agroforestiers cacaoyers au niveau du TNS est supérieure aux stocks de carbone dans les forêts secondaires issues de l’agriculture », précise Marie Louise Avana Tchientcheu.
Un argument de poids dans un contexte mondial où la finance carbone et les exigences de traçabilité environnementale redéfinissent les règles du commerce international du cacao. L’agroforesterie apparaît ainsi comme un levier doublement stratégique :
écologique, en limitant la déforestation ;
économique, en ouvrant l’accès aux marchés premium et aux mécanismes de rémunération des services environnementaux.
Vers une cacaoculture compétitive et responsable
Au-delà de la dimension environnementale, le séminaire de Douala met en lumière la nécessité d’améliorer la gouvernance locale, l’organisation des producteurs et la valorisation des chaînes de valeur.
Concilier conservation et développement socio-économique n’est plus une option, mais une exigence stratégique pour la durabilité du TNS. À l’heure où les marchés européens renforcent les normes liées à la déforestation importée, le projet CAPRO_TNS pourrait constituer un laboratoire régional d’innovation.
En misant sur la recherche appliquée et l’appui scientifique, la FTNS et ses partenaires entendent démontrer qu’une économie cacaoyère performante peut rimer avec préservation de la biodiversité.
À Douala, le message est clair : l’avenir du cacao dans le Tri-National de la Sangha passe par un équilibre maîtrisé entre croissance agricole et capital naturel. Un pari ambitieux, mais économiquement soutenable, pour l’Afrique forestière.
Afric-eco/Etienne MONTHE



